L’universitaire et homme politique pense que le décès tragique de cet homme de média interpelle le sens de l’humanité de la nation et du camerounais.
Nous avons vu d’autres morts, mais celle-ci nous regarde en face
La mise à mort de Martinez Zogo journaliste camerounais, n’est pas seulement un crime. C’est un symptôme, un signal, une fracture morale. Le récit de sa torture, livré par les siens, exécuté dans la nuit par des mains connues, rappelle la Passion du Christ : trahi, humilié, supplicié — non pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il représentait. Une voix. Une lumière. Une insistance à dire ce que d’autres préféraient taire.
Je ne suis pas surpris. Depuis des années, je dénonce une société qui ne respecte plus la douleur de l’enfantement, qui vend ses nourrissons, qui enterre ses enseignants vivants en les poussant à l’exil, qui tue ses femmes dans l’indifférence, et qui répond à la barbarie par un haussement d’épaules : « On va faire comment ? »
Ce pays — mon pays — ne produit plus que des silences complices, des slogans creux, des justifications cyniques. Il ne produit plus de pensée, plus de vision, plus de tendresse. Il produit des morts. Des morts sur les scènes publiques. Des morts dans les foyers. Des morts dans les consciences.
Et pourtant, il faut parler. Il faut écrire. Il faut nommer. Parce que ce que nous vivons n’est pas une fatalité. C’est une construction collective, une dérive acceptée, une violence normalisée. Et ce que nous ne dénonçons pas, nous le cautionnons.
La mise à mort de Martinez Zogo nous regarde en face. Elle nous dit ce que nous sommes devenus. Elle nous dit que nous avons perdu le sens du sacré, le respect du vivant, la mémoire du juste. Elle nous dit que nous avons besoin d’une refondation morale, d’une révolution éthique, d’un réveil citoyen.
Ce texte est un appel. Un appel à ne plus détourner le regard. Un appel à refuser la banalisation du mal. Un appel à reconstruire, pierre par pierre, mot par mot, geste par geste, une société qui protège ses vivants, honore ses morts, et prépare ses enfants à autre chose que la peur.
Nous avons vu d’autres morts, oui. Mais celle-ci nous regarde en face. Et elle nous demande : Que ferez-vous maintenant ?
Parce qu’au fond de l’indifférence de chaque fille et de chaque fils de ce pays se terre le portrait réel de celui que nous allons torturer à la première occasion, en buvant un verre de matango. Toi, tu en penses quoi?




