Le spécialiste des questions électorale, le Dr Hilaire Kamga estime que la présidentielle de 2025 révèle une crise démocratique profonde, marquée par une participation historiquement faible, avec des candidats ne mobilisant même pas le quart du corps électoral.
<<L’élection présidentielle de 2025 a mis en lumière la profondeur de la crise démocratique camerounaise. Jamais le mot « peuple » n’a été autant invoqué dans les discours politiques, alors même que la participation électorale a été historiquement faible. Ce paradoxe révèle une dissociation désormais structurelle entre le peuple invoqué et le peuple réellement
participant. >>
<<La légalité électorale a été formellement consacrée par les institutions compétentes bien que contestées, mais la légitimité demeure incertaine et fragmentée.>>
<<Le recours inflationniste à l’expression « le peuple » participe de ce que la théorie politique qualifie de captation discursive du peuple : des acteurs minoritaires, parfois porteurs de
moins de 17 % du potentiel électoral national, prétendent incarner la totalité du corps social. Ce faisant, certains transforment une légalité institutionnelle fragile en légitimation fictive et ouvrent la voie à une véritable dictature des minorités, particulièrement favorisée
par le mode de scrutin majoritaire à un tour et l’abstention massive. >>
<<D’autres s’adossent
sur des résultats électoraux aux sources non authentifiées pour s’octroyer des victoires leur conférant la Légitimité pour parler au nom du Peuple, malgré le fait que même ces résultats portant sur les chiffres. Dans le cadre de cette communication, je n’entrerai pas dans ce débat et je me contenterai des chiffres présentés par le Conseil Constitutionnel d’une part et les partisans de Monsieur Issa Tchiroma Bakary d’autre part. >>
<<Au regard de ces chiffres,
une constante apparaît. Les deux principaux candidats (MM Biya Paul et Tchiroma Bakary) qui s’accaparent le plus de l’expression « le peuple » et qui revendiquent son usage exclusif
ont un cumul (quel que soit la source des chiffres liés aux résultats) de 4 096 513 suffrages valablement exprimés (SVE). En considérant le nombre d’inscrits publié par Elections Cameroun qui est de 8 082 692 électeurs, aucun des candidats n’a pu avoir le quart du corps
électoral potentiel. Pourtant, chacun des deux prétend parler au nom du peuple tout entier. Cette situation fait
apparaître une contradiction majeure : le peuple est invoqué par ceux qui ne sont parvenus à mobiliser qu’une minorité de citoyens électeurs. La légitimité proclamée ne repose pas
sur une adhésion massive, mais sur un mécanisme institutionnel….>>





