Vice-présidence : Paul Biya a déjà fait son choix…

Dans cette analyse du journaliste Parfait Siki, il estime que le président de la République du Cameroun son Excellence Paul Biya a déjà une idée claire de celui qui sera vice-président.

« Editorial : A la recherche du vice-président

Par Parfait N. Siki

Avant même d’avoir finalisé le projet de loi de révision de la Constitution pour y réintroduire le poste de vice-président, Paul Biya savait déjà à qui il est destiné. Ce n’est donc pas lui qui cherche, mais l’opinion publique qui n’a jamais autant manqué les clés pour comprendre un Paul Biya au sommet de son art énigmatique. En effet, le projet de loi adopté par le Parlement le 4 avril 2026 ne comporte aucune indication sur l’origine linguistique ou régionale du prochain titulaire du poste.

Les paramètres anciens de la succession sont mis à rude épreuve et des citadelles de l’équilibre du pouvoir ne sont plus sûres d’être préservées. A l’exemple de l’axe Nord-Sud, qui veut que le pouvoir se déplace alternativement du Nord au Sud du pays depuis André-Marie Mbida (Sud) jusqu’à Paul Biya (Sud) en passant par Ahmadou Ahidjo (Nord). Depuis l’élection de Aboubakary Abdoulaye au perchoir du Sénat, devenant la 3ème personnalité de l’Etat, le Grand-Nord se sent hors-jeu pour le poste de vice-président.

Depuis l’adoption du projet de loi de révision de la Constitution, les Anglophones sont en attente légitimes d’occuper ce poste qui pourrait leur assurer de diriger le Cameroun en cas d’empêchement définitif de Paul Biya, ce qui n’est pas une simple vue de l’esprit. La crise du NOSO déclenchée en 2016 y verrait sans doute son épilogue et la question anglophone serait expurgée de l’argument de « faire-valoir de la République » exhibée, souvent à juste titre, par les filles et fils des Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Seulement, la préoccupation prégnante de la deuxième révision de la Constitution de 1996 n’est pas la question anglophone, mais la succession de Paul Biya et une stabilité au sommet de l’Etat en cas de vacance à la présidence de la République.

Il est donc curieux de voir le parti au pouvoir éjecter de la scène et renvoyer aux premières loges en tant que spectateur du dispositif institutionnel de la succession. La loi adoptée par le Parlement donne en effet au président de la République le pouvoir discrétionnaire et total de nomination et de révocation du vice-président sans aucun garde-fou ni limite. Il ne consulte ni le président du Sénat ni celui de l’Assemblée nationale, ce qui aurait permis au RDPC, parti majoritaire au sein de ces deux Chambres, d’avoir son mot à dire.

Les jeux sont donc ouverts et toutes les occurrences sont possibles mais il y a un seul distributeur des cartes : Paul Biya. En une session du Parlement, il trône à nouveau sur le landernau politique. En changeant les hommes du perchoir au Sénat et à l’Assemblée nationale, puis en prenant totalement la main sur le choix de son successeur, Paul Biya s’est réinstallé au cœur de tous les pouvoirs. Il bat du même coup en brèche les inquiétudes d’une perte d’influence au bénéfice d’une clique installée à Etoudi qui préside par procuration.

A la vérité, Paul Biya rassure plus qu’il n’assure, car les Camerounais, à qui il avait promis un nouveau gouvernement depuis novembre 2025, avaient de sérieuses raisons de s’interroger. Ces derniers temps, Etoudi a donné l’impression d’être devenu le terrain de jeu d’acteurs officieux, en tout cas investi d’un pouvoir illégitime voire illégal d’agir sur des pans entiers du pays sans avoir de compte à rendre.

On y a noté une désinhibition dans les comportements et une quête de buzz qui sied mal avec un palais présidentiel. L’absence d’arbitrage voire le silence de Paul Biya face à ses incartades, qu’il aurait peu tolérées en son temps, a renforcé l’idée d’un homme usé voire abusé. Son coup politique de ce début d’avril indique peut-être que le chef de l’Etat a décidé de laisser son entourage faire clinquer la quincaillerie et de s’occuper des affaires d’Etat au rang desquels sa propre succession.

Pourtant, on a désormais des raisons de ne plus détourner le regard. Le dispositif de legs du pouvoir suprême adopté par le Parlement dans la loi de révision de la Constitution, qui met dans les mains de Paul Biya un pouvoir sans borne, ne met pas le pays à l’abri d’un hold-up mené par cet entourage qui montre tous les signes que sa soif de privilèges est loin d’avoir été étanchée ».

 

Partager l'article:
Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire sur mobile

QR Code
Ne perdez plus rien, recevez le résumé de l'actualité quotidienne, directement dans votre courriel.

Vous êtes désormais inscrit à notre newsletter, merci de faire partie de notre auditoire!

Dans la même catégorie: ,

La femme d’affaires et entrepreneure camerounaise Rebecca Enonchong prendra part aux obsèques de Anicet Ekane, personnalité politique reconnue pour son engagement et son attachement aux

Dans cette sortie de l’avocat Amedee Dimitri Touko, il adoube clairement la posture des enfants de l’ancien président décédé du Manidem Anicet Ekane après la

Dans une sortie adressée à Muna Ekane, Denis Emilien Atangana garantis sa présence au dernier hommage qui sera rendu au président décédé du Manidem. «

Dans cette tribune, le journaliste rend un hommage appuyé à cette figure importante au Cameroun décédé il y’a un moment. Repose en paix « Président

Le député PCRN à l’Assemblée Nationale comme ses autres confrères à la chambre basse a voulu également rendre un vibrant hommage après l’annonce de la

Dans cette tribune, le communicant du RDPC rend un hommage attendrissant à Anicet Ekane. « HOMMAGE POLITIQUE A ANICET EKANE CE JEUDI À LA SALLE