Dans cette tribune du journaliste Charles Armel Mbatchou, il s’insurge contre le mutisme de l’église catholique du Cameroun sur la situation de cet auteur compositeur reputée dans la musique religieuse.
« Joseph Monthe abandonné : le silence troublant de l’Église catholique au Cameroun
Il y a des silences qui pèsent plus lourd que des discours. Celui de la hiérarchie de l’Église catholique au Cameroun face à la situation de Joseph Monthe en fait partie. Alors que cet homme, acteur reconnu de la liturgie chantée, traverse aujourd’hui une période de grande détresse sanitaire, l’absence de réaction institutionnelle interroge, dérange, et finit par indigner.
Joseph Monthe n’est pas un inconnu dans les cercles liturgiques. Sa contribution au chant sacré, au service des célébrations eucharistiques, dépasse les frontières locales. Pendant des années, il a participé à façonner une identité musicale au sein de l’Église, portant la voix d’une communauté, enrichissant la prière collective, et transmettant un patrimoine spirituel vivant. Ce type d’engagement, souvent discret, constitue pourtant un pilier essentiel de la vie ecclésiale.
Aujourd’hui, cet homme est en très mauvaise santé. Et pourtant, aucune initiative forte, visible, coordonnée, ne semble émerger de la part de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC). Pas de mobilisation publique. Pas d’appel clair à la solidarité. Pas même, à ce stade, l’annonce d’une quête spéciale dans les paroisses pour soutenir ses soins. Cette inertie pose une question simple : que vaut, concrètement, la reconnaissance de l’engagement au service de l’Église lorsque survient la vulnérabilité ?
L’Église catholique ne cesse de rappeler, dans son enseignement social, l’impératif de charité, de solidarité, et d’attention aux plus fragiles. Elle dispose même d’outils institutionnels dédiés à ces missions, à commencer par les structures caritatives censées intervenir dans des situations d’urgence humaine. Pourquoi, dans ce cas précis, ces principes semblent-ils rester lettre morte ?
Certains objecteront qu’il existe peut-être des actions discrètes, non médiatisées. Mais l’argument atteint vite ses limites. Lorsqu’une figure ayant tant donné se retrouve en difficulté, la réponse ne peut pas être seulement privée ou marginale. Elle doit être exemplaire. Visible. Mobilisatrice. À défaut, le message envoyé est ambigu : l’institution bénéficie de l’engagement de ses membres, mais peine à assumer un devoir de solidarité lorsqu’ils vacillent.
Plus préoccupant encore, ce silence nourrit un sentiment d’indifférence. Il installe l’idée d’une Église à deux vitesses : prompte à valoriser les contributions quand tout va bien, mais étonnamment absente lorsque la fragilité s’impose. Ce décalage entre discours et pratique fragilise la crédibilité morale de l’institution, surtout dans un contexte où les fidèles attendent des actes concrets, pas seulement des principes.
La CENC dispose pourtant de leviers simples et efficaces. L’organisation d’une quête spéciale nationale, la mise en place d’un fonds de soutien, ou encore un appel explicite à la solidarité des fidèles constitueraient des signaux forts. Non seulement pour Joseph Monthe, mais aussi pour tous ceux qui, dans l’ombre, servent l’Église avec dévouement.
Ce cas dépasse donc une situation individuelle. Il pose une question structurelle : comment l’Église au Cameroun prend-elle soin de ceux qui ont contribué à sa vitalité ? Tant qu’une réponse claire, publique et tangible ne sera pas apportée, le malaise persistera.
Et le silence, lui, continuera de parler ».





