Libération prisonniers politiques : Le plaidoyer de Vincent Sosthène Fouda

Surfant sur la dernière visite du souverain pontife au Cameroun, l’universitaire évoque dans cette tribune la possibilité de libérer tous les prisonniers politiques sera une réelle volonté des pouvoirs publics d’aller vers le pardon et la réconciliation.

La politique au Cameroun continue de révéler sa part la plus sombre : celle qui enferme, qui réduit l’homme à un numéro, à une cellule, à un silence forcé. La crise post‑électorale d’octobre dernier n’a pas seulement fracturé le pays ; elle a laissé derrière elle des vies suspendues, des voix confisquées, des visages privés de liberté. Parmi eux, ceux de Djeukam Tchameni et d’@Aloys Parfait Mbvoum, dont la détention demeure un point aveugle de la conscience nationale.

Mais il ne s’agit pas seulement de deux hommes.  Il s’agit du visage de l’autre, ce visage qui nous regarde et qui nous oblige. L’éthique commence là : dans l’impossibilité de détourner le regard. Le prisonnier politique n’est pas une abstraction ; il est un appel à notre responsabilité collective.

Le Cameroun face à son propre miroir

Réclamer leur libération n’est pas un geste partisan. C’est affirmer que la justice ne peut se confondre avec la force, que la démocratie ne peut se réduire à la procédure, que la Nation ne peut se réconcilier avec elle-même tant que des citoyens sont privés de liberté pour leurs opinions.

Un pays ne se reconstruit pas sur la peur.  Un pays ne se réconcilie pas en punissant la dissidence.  Un pays ne se pacifie pas en confondant contestation et menace.

Raymond Aron : refuser la logique de l’ennemi intérieur

Raymond Aron rappelait que la démocratie n’est pas seulement un ensemble de règles ; elle est un pluralisme vivant, un espace où les oppositions existent, s’expriment et participent à la définition du bien commun. Pour Aron, une société démocratique se reconnaît à sa capacité à protéger la critique, à refuser la logique de l’ennemi intérieur, à garantir la liberté de ceux qui contestent.

Dans cette perspective, la détention de figures politiques ou associatives n’est pas seulement une injustice individuelle : elle constitue un affaiblissement structurel de la démocratie.

Habermas : restaurer la circulation de la parole

Jürgen Habermas rappelle que la légitimité politique naît de la discussion, de la confrontation des arguments, de la participation de tous à l’espace public. Une démocratie qui emprisonne ceux qui parlent se prive de son propre souffle.

Dans la perspective habermassienne, la détention de prisonniers politiques est une rupture du contrat communicationnel qui fonde la vie démocratique. Elle empêche la société de se penser, de se critiquer, de se transformer.

Libérer, c’est refonder

Demander la libération de Djeukam Tchameni, d’Aloys Parfait Mbvoum et de tous les prisonniers politiques, c’est affirmer que :

– la démocratie se mesure à la manière dont elle traite ceux qui contestent

– la justice commence par la reconnaissance de la dignité humaine

– la réconciliation nationale exige la fin des silences imposés

La véritable politique est celle qui répond à l’autre, qui refuse l’humiliation, qui choisit la responsabilité plutôt que la domination.

Pour un Cameroun qui se regarde enfin en face

Le Cameroun ne pourra se réconcilier avec lui-même qu’en réhabilitant la parole, la justice, la dignité.  Libérer les prisonniers politiques n’est pas un geste de faiblesse : c’est un acte fondateur, un acte de confiance dans la Nation, un acte de foi dans l’avenir.

(e)Vincent Sosthène Fouda le 28 avril 2026

 

 

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