John Lawson analyste politique, dans cette sortie revient sur les propos du Docteur Apolinaire Legrand Oko lors de son passage à l’émission « la vérité en face » sur Equinoxe Tv dans laquelle il revient sur le fait que servir l’Etat est une chose et l’appartenance politique en est une autre puisqu’il est d’ailleurs membre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun(MRC).
Fonctionnaire et opposant : la subversion tranquille
La première ligne de fracture qu’Oko trace est celle qui sépare l’État du RDPC. « Être fonctionnaire, ce n’est pas être l’employé de M. Biya. C’est être au service de l’État camerounais. » Cette clarification, évidente dans toute démocratie fonctionnelle, devient subversive dans un pays où le statut de fonctionnaire est perçu depuis des décennies comme une allégeance automatique au Renouveau. Oko la formule sans trembler, depuis le plateau d’Équinoxe — et en cela, il brise un tabou que 300 000 fonctionnaires camerounais entretiennent chaque jour par leur silence.
Il va plus loin. Il expose les failles du système de santé avec la précision d’un diagnosticien — le décret imposant le paiement préalable avant soins, les médecins contractuels payés 105 000 FCFA par mois, l’exode massif des jeunes praticiens. Ce constat n’est pas une critique partisane. C’est un diagnostic d’État. Et c’est précisément parce qu’il est fonctionnaire qu’il le formule avec cette autorité — pas malgré son statut, mais grâce à lui.
Sur l’intimidation, il est sans équivoque : « Je ne suis pas le genre de personne qu’on peut embastigner. Tous ceux qui s’y sont essayés ont su qu’ils ne pouvaient pas m’intimider. » Sa posture dit ce que notre éditorial défend depuis le début : on peut servir l’État sans servir le régime. Et ceux qui ont choisi cette voie ont toujours existé — ils sont simplement plus rares que le système ne le souhaiterait.
Le fils du Sud qui refuse l’héritage imposé
C’est peut-être la dimension la plus symboliquement forte de cet entretien. Originaire de Meyomessala, dans le Dja-et-Lobo — terre natale de Paul Biya — le Dr Oko incarne la rupture la plus dérangeante pour le régime : le Sud n’est pas une propriété politique.
Il dit ce que beaucoup savent et que peu osent formuler : sa région souffre des mêmes maux que le reste du pays. Coupures d’électricité interminables. Infrastructures inexistantes. Pauvreté structurelle. Absence de présence réelle du chef de l’État dans son propre fief. La rente symbolique du « fils du pays » au pouvoir n’a pas produit de développement — elle a produit une allégeance politique sans contrepartie concrète.
Mais Oko va plus loin encore. Il pointe ce qu’il appelle la prospération des tensions communautaires sous le régime — Tikars contre Bamouns, Arabes Choa contre Mousgoums, crises à Ambam, Ebolowa, Saint-Mélima. Selon lui, l’absence de leadership national depuis 1982 a empêché la construction d’un peuple camerounais — laissant les identités primaires devenir des armes politiques au service de la survie électorale d’un régime qui a besoin de la fragmentation pour régner.
C’est un diagnostic que peu de cadres politiques camerounais osent formuler aussi directement. Et le fait qu’il vienne d’un homme du Sud, du fief de Biya, lui donne une résonance particulière.
Sur l’arbitraire institutionnel : le juriste qui démonte
Sur la crise entre le MRC et le MINAT, Oko est précis et sans concession. Il rappelle ce que nous avons documenté depuis le début : le MINAT n’a aucune compétence pour valider ou invalider les conventions internes des partis politiques. La loi de 1990 prévoit une transmission — pas une autorisation. Et transformer un procès-verbal transmis en « requête » nécessitant une réponse, c’est une confusion juridique délibérée.
Sur la Convention en visioconférence, son argument est imparable : les locaux du parti étaient illégalement bloqués par un arrêté du sous-préfet pris à la demande d’un exclu. Une réunion virtuelle n’a pas de territorialité. Aucune autorité administrative ne peut en exiger la déclaration préalable auprès d’un sous-préfet — parce qu’il n’y a pas de territoire sur lequel désigner un sous-préfet compétent. Le cyberespace devient ainsi, dans sa formulation, un espace de résistance institutionnelle — pas un contournement, mais une adaptation légitime à une obstruction illégale.
Ce que cette intervention dit de plus profond
En assumant simultanément son statut de fonctionnaire, son engagement d’opposant, son origine dans le fief symbolique du pouvoir, et sa maîtrise juridique des libertés politiques, le Dr Oko incarne une rupture que le régime redoute plus que n’importe quelle manifestation — la rupture tranquille. Celle qui ne crie pas, ne menace pas, n’insulte pas. Celle qui explique, démontre, documente, et tient.
« On est fonctionnaire aujourd’hui, demain on ne l’est plus. Mais on est Camerounais, on meurt Camerounais. » Cette phrase résume tout. La citoyenneté n’est pas un statut administratif. Elle n’est pas une identité régionale. Elle n’est pas une loyauté héritée. Elle est un acte politique — libre, assumé, irréductible.
Son discours ouvre une brèche dans l’architecture du Renouveau : celle où l’État peut enfin être dissocié du régime. Et où le fonctionnaire peut redevenir citoyen.
NB : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale de 237actu.com.





