L’universitaire Sosthène Fouda fait à travers cette sortie une description d’un pouvoir continuel qui ne s’inscrit pas dans l’histoire, qui l’accroche.
« Le pouvoir au Cameroun : une métaphysique de l’otage
Il est des régimes qui ne gouvernent pas, mais qui s’érigent en énigmes. Le pouvoir au Cameroun, tel qu’il se donne à voir, n’est pas tant une autorité qu’un mystère. Il ne descend pas de la cité, il ne monte pas du peuple. Il plane. Il échappe à la génération, comme Melchisédech, ce prêtre sans père ni mère, sans origine ni fin, qui traverse les âges sans jamais appartenir à aucun.
Ce pouvoir-là ne se transmet pas, il se perpétue. Il ne s’inscrit pas dans l’histoire, il la suspend. Il ne gouverne pas les vivants, il les tient en otage, dans une caverne où les ombres des promesses dansent sur les murs, tandis que les prisonniers, fascinés, applaudissent leur propre captivité.
On le salue comme on saluerait un grand-père, non par respect filial, mais par crainte révérencieuse. Car ce pouvoir ne connaît ni héritiers ni successeurs. Il est sans postérité, et c’est là son génie : il ne meurt pas, il se répète. Il ne se renouvelle pas, il se conserve. Il est le sommet de la méchanceté, non par brutalité, mais par indifférence. Il ne hait pas, il ignore. Il ne détruit pas, il laisse pourrir.
Platon nous enseignait que le philosophe-roi devait gouverner par la lumière de l’idée du Bien. Ici, le pouvoir semble gouverner par l’ombre de l’idée du Rien. Il ne cherche pas à élever les âmes, mais à les disperser. Il ne dialogue pas, il monologue. Il ne pense pas, il se perpétue.
Et pourtant, il se donne des airs de sagesse. Il parle de paix, de stabilité, de continuité. Mais c’est une paix sans justice, une stabilité sans mouvement, une continuité sans mémoire. C’est le règne du simulacre, où l’apparence tient lieu de vérité, et où la parole officielle est l’écho d’un silence organisé.
Ce pouvoir est une forme sans fond, une présence sans substance, une autorité sans légitimité. Il est l’anti-cité, le contre-modèle de la République. Il est ce que Platon aurait appelé l’illusion du juste, quand le juste n’est plus qu’un masque porté par l’injuste.
Et nous, citoyens, que sommes-nous dans cette comédie métaphysique ? Des spectateurs hébétés, des âmes errantes, des enfants sans père, comme Melchisédech, mais sans sacralité. Nous sommes les héritiers d’un pouvoir sans héritage, les témoins d’un règne sans règne.
Mais peut-être qu’un jour, la lumière sortira de la caverne. Peut-être qu’un jour, le peuple se souviendra qu’il est le fondement de la cité, et non son décor. Peut-être qu’un jour, le pouvoir cessera d’être une énigme, pour redevenir une responsabilité ».





