En tant qu’expert Conseil en communication stratégique Alexandre Siewe, scrute ce communiqué du gouvernement sur la traçabilité de l’or camerounais. Pour lui, il est évident que l’Etat du Cameroun ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants de cette situation.
« Or camerounais : l’Etat répond par des chiffres à une question de souveraineté
En 2025, ce n’est plus un message. C’est un bruit.
La polémique actuelle n’est pas une affaire de kilos, de tonnes ou de tableaux statistiques. Ce débat sur l’or camerounais n’est pas minier. Il est politique. Et profondément narratif. C’est précisément une crise de souveraineté narrative. Et c’est là que le communiqué ministériel, pourtant techniquement structuré, montre ses limites.
Disons-le d’emblée : Le texte du MINMIDT n’est ni confus, ni improvisé. Il est même administrativement solide.
Mais il répond à la mauvaise question.
L’opinion publique ne demande pas :
« Comment expliquer les écarts statistiques ? »
Elle demande : Qui contrôle réellement l’or du Cameroun, et au profit de qui ?
Face à cette interrogation politique et symbolique, l’État répond par une démonstration technique. C’est un décalage classique. Et toujours risqué.
Une stratégie de dilution bien connue.
Le communiqué opère trois mouvements visibles :
– Fragmentation des responsabilités :
Ministère, SONAMINES, Douanes, artisanat, frontières poreuses. Tout est exact. Mais à la fin, personne n’incarne la responsabilité.
– Externalisation implicite de la faute : Les voisins, les exploitants, les circuits informels. Le message sous-jacent : le problème vient d’ailleurs.
– Invocation de l’autorité suprême: La référence explicite au Chef de l’État vise à rassurer. Mais l’autorité symbolique ne suffit pas quand le récit reste flou.
Résultat : une parole institutionnelle, mais sans figure de souveraineté clairement assumée.
Quand l’État reconnaît sa faiblesse sans montrer ses muscles.
Une phrase concentre toute la fragilité du texte :
« La SONAMINES ne dispose pas de moyens financiers et technologiques suffisants… ».
Factuellement, c’est peut-être vrai.
Stratégiquement, c’est une confession dangereuse.
En pleine polémique, l’État reconnaît publiquement qu’il ne maîtrise pas pleinement une ressource stratégique.
Sans annoncer immédiatement une contre-offensive claire, visible, datée.
Or, en communication de souveraineté, on ne révèle jamais une faiblesse structurelle sans poser simultanément un acte d’autorité.
Le vrai angle mort : la temporalité
Le communiqué parle :
– du passé (ce qui explique),
– du futur vague (ce qui est envisagé).
Mais il manque le présent stratégique :
– ce qui change maintenant,
– ce qui ne se reproduira plus,
– ce qui engage personnellement la parole publique. Sans cela, le message perçu devient : « Faites-nous confiance, on y travaille. »
En 2025, ce n’est plus un message.
C’est un bruit.
Ce qu’un État souverain aurait dû faire :
Pas forcément parler plus. Mais parler autrement.
– Nommer clairement l’enjeu : la souveraineté sur l’or.
– Incarner la parole : une voix, un responsable, un porteur de récit.
– Annoncer une mesure immédiate, visible, même imparfaite.
– Changer le cadre narratif : passer de la justification à la reconquête.
Car une vérité demeure :
– un Etat ne perd jamais une bataille stratégique à cause des chiffres.
– Il la perd quand il laisse d’autres raconter ses ressources à sa place.
Et dans le monde actuel, celui qui perd le récit…finit toujours par perdre le contrôle.
Alexandre Siewe
Chroniqueur des récits d’âme et d’influence – Conseil en communication stratégique »





