Dieudonné MEVONO MVOGO, camerounais vivant en Chine

Ce Cameroun vivant en Chine, précisément à Wuhan, ville considérée comme l'un de foyer du coronavirus, propose aux dirigeants camerounais de calquer le model chinois pour faire face à la pandémie

Voici son message

Chers compatriotes,

Notre pays, dont l’Etat demeure faible, risque de connaître l’une des plus graves crises sanitaires de son histoire. Nous n’en sommes pas encore là ; nous pouvons d’ailleurs la contenir si nous prenons des mesures qui s’imposent et si nous faisons preuve de discipline sérieuse. Le Gouvernement a pris un certain nombre de mesures fortes à saluer. Toutefois, on est en droit d’interroger leursefficience et efficacité, quoiqu’il soit un peu trop tôt de se livrer à cet exercice. Mais le (corona) Covid 19 ne nous laisse vraiment le choix. C’est cette inquiétude qui justifie mon intervention que l’on devrait interpréter comme une contribution à la gestion de cette crise sanitaire.

En effet, je suis résident Camerounais à Wuhan. J’ai observé – sans doute de manière étriquée, lointaine voire inexperte – la gestion de cette épidémie par le gouvernement central de la République Populaire de Chine, le gouvernement provincial de la province du Hubei et la municipalité de la ville dont je suis résident. Ce document va ainsi essayer de proposer quelques mesures qui peuvent aider.

Avant de toute chose, je voudrais rappeler que je ne suis pas expert en médecine ni de la gestion des épidémies. Donc, vous voudriez bien comprendre quelques imprécisions conceptuelles ou analytiques. Néanmoins, n’hésitez pas à tenir compte de ce qui est bien dans ce document pour exploitation. Par ailleurs, je suggère au gouvernement d’entrer en contact avec l’expertise chinoise pour un échange d’expérience dans la gestion de la crise, la Hollande l’a déjà fait.

​Le confinement a pour but de limiter la propagation du virus en isolant les malades pour limiter le contact entre ceux-ci et le reste de la population. En d’autres mots, si tout le monde reste à la maison, au bout de 14 jours environ, on saura qui est malade. Et on va extraire ceux qui le sont de la masse pour les prendre en charge. Certaines personnes peuvent se faire contaminées par la première vague de malades avant que ceux-ci ne manifestent les symptômes, au bout de 14 autres jours ou moins, cette deuxième vague de malades seront identifiées. Bref, si tout le monde respecte scrupuleusement les mesures de prévention (resterà la maison, se laver les mains, porter le masque, faire des exercices physiques et boire de l’eau chaude pour garder le corps chaud), au bout de 14 jours, la situation sera sous contrôle. Voici ci-dessous les mesures du gouvernement que nous allons commenter.

Concrètement, chacun est appelé à rester soit à la maison, au quartier, ville ou pays. Pour l’instant, le gouvernement semble s’être limité aux villes et pays. En d’autres termes, les populations sont interdites d’entrer au Cameroun, puisque les frontières sont fermées.

Par ailleurs, les déplacements interurbains sont sensés être interdits. Par exemple, il est interdire de quitter Yaoundé pour Douala. Et ceci sur toute l’étendue du territoire national. C’est cette approche qui me pose problème. Je la trouve trop vague, trop générale. A cette allure, notre pays risque ne pas tenir 14 jours ; en même temps, le virus va se propager. Et l’économie risque de s’écrouler, il sera difficile d’approvisionner la population, la prise en charge des malades sera difficile.

Ici à Wuhan, la population n’avait pas scrupuleusement respecté le confinement au départ. Conséquence, 14 jours après, le nombre de cas n’avait cessé d’augmenter. C’est donc comme ça que les autorités ont décidé d’interdire toute sortie. Des équipes sont chargées de prendre nos commandes et nous les livrerAujourd’hui, le résultat est là ; et tout le monde en est fier.

Premièrement, je pense que le gouvernement, en plus des mesures générales, devrait instaurer un régime spécifique pour ces différentes catégories de villes : villes déjà touchées, les villes frontalières (aéroportuaires, maritimes et terrestres) et les autres villes sans histoire patente avec l’épidémie.

Deuxièmement, pour les villes déjà touchées, il faudrait les mettre en quarantaine ; c’est-à-dire, interdire toute sortie ou entrée dans ces villes en bloquant leurs accès terrestres, aéroportuaires et maritimes. Maintenant, dans la ville, à défaut d’imposer un confinement absolu en invitant les populations à rester dans leurs maisons ; il faudrait au moins faire un découpage de la ville en zones comprenant les marchés, centres de santé, etc. pour former des unités fonctionnelles autarciques de type écosystémique, afin de limiter les mouvements de personnes d’une zone à une autre. Par contre, les quartiers où des malades ont été identifiés doivent être mis en quarantaine absolue.

Troisièmement, pour les villes frontalières et les autressans histoire avec le Covid 19, elles doivent aussi s’isoler les unes des autres. Aussi devrait-on, en plus des mesures générales du gouvernement, procéder à des découpages expliqués dans le paragraphe précédent.

Enfin, dans les quartiers, les comités de vigilance doivent bloquer les entrées des quartiers pour filtrer les entrées comme cela a souvent été le cas la nuit à Makèpè Missokè à Douala. Pour ce, les populations doivent s’organiser pour trouver des volontaires au sein du quartier. En même temps, elles doivent leur fournir du matériel de protection, la ration et même une prime de risque.

Comment livrer les populations confinées ?

Cette crise va certainement mettre à nu les failles dans l’organisation et le fonctionnement de la Mission de Régulation et d’Approvisionnement des Produits de Grande Consommation (MIRAP), toujours est-il que c’est l’occasion de faire taire les critiques qui émaillent l’existence de cet organisme. Les autorités pourraient donc réquisitionner certains agents publics ou privés pour appuyer cet organisme dans son travail qui devrait consister à multiplier les marchés à proximité des quartiers.

Ne pas oublier, l’objectif est d’empêcher les populations de sortir des quartiers. Ici également une organisation communautaire pourrait s’avérer efficace. J’aurais souhaité que le Cameroun eût son propre réseau social. D’ailleurs, le gouvernement pourrait faire un appel à contribution en ce sens – n’est ce pas devant la difficulté que l’être humain s’affirme ?

A défaut, whatsap pourrait aider à constituer des groupes entre voisins – les voisins qui ne se parlent pas là, sortez ennemis pour un temps. Désignez les gens qui pourront faire des courses pour vous. Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons venir à bout de cette épidémie. Juste un rappel, la situation financière des Camerounais de Wuhan (Hubei) devient exagérément précaire, et ceux d’autres villes de Chine sans doute. Pendant ce temps, espérons toujours que l’assistance présidentielle et celle de l’international camerounais Christian Bassogog (voir l’article de bbc sport du 26 février sur www.bbc.co.uk) finiront par nous parvenir. Car, deux mois de confinement, pour des étudiants, cela devient intenable sans ressource. Que Dieu bénisse le Cameroun, l’Afrique et l’humanité entière ! Wuhan, 18 Mars 2020

 

Dieudonné MEVONO MVOGO

Redigé par: 237 Actu

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