Jean de Dieu Momo et Me Sikati croisent le fer sur la politisation du jugement des civils.
Le débat autour de la compétence des tribunaux militaires pour juger les civils refait surface. Dans une récente tribune, Jean de Dieu Momo, ministre délégué auprès du ministre de la Justice, a attribué à Maurice Kamto la responsabilité de cette pratique. Selon lui, c’est à la suite des émeutes de 2008 qu’une commission aurait réécrit les textes encadrant le tribunal militaire, lui permettant de juger les civils.
«Le président de cette commission était Maurice Kamto, il était par ailleurs ministre délégué auprès du ministre de la Justice », a-t-il précisé.
La réplique de Me Sikati
Cette déclaration a suscité une vive réaction de Me Sikati, avocat au barreau du Cameroun et cadre du MRC, qui rappelle que la pratique de juger des civils par les tribunaux militaires est bien antérieure à 2008.
L’avocat cite notamment l’affaire du 19 février 1990, lorsque plusieurs figures politiques – Yondo Black, Anicet Ekane, Albert Mukong, Francis Kwa Moutome, Rodolphe Bwanga, Vincent Feko, Henriette Ekwe, Charles René Djoudjoce et dame Badje, furent interpellées à Douala pour avoir tenté de créer un parti politique, puis jugées par le tribunal militaire de Yaoundé.
« Ces personnalités avaient été condamnées à des peines de 2 à 5 ans pour sédition, subversion et affront au chef de l’État. Devenu avocat quatre ans plus tard, le ministre Jean de Dieu Momo ne saurait ignorer cette phase très émouvante de l’histoire judiciaire du Cameroun », souligne Me Désiré Sikati.
Pour Me Sikati, attribuer la paternité de cette réforme à Maurice Kamto constitue :
«Un grossier mensonge et un acte de malhonnêteté politique. Comme nous le savons tous, Maurice Kamto n’était pas ministre en 1990, mais le tribunal militaire a pourtant jugé et condamné des civils. »





