Ousmanou Magadji dans cette communication revient sur un moment important de la vie politique du Cameroun avec un extrait de l’interview du président Ahmadou Ahidjo dans laquelle il annonce sa démission.
Journaliste : Vous vous posez la question parfois ?
Ahidjo : Laquelle ?
Journaliste : Dois-je garder le pouvoir ?
Ahidjo : Bien sûr, quand on a assumé le pouvoir pendant 18 ans, il vous arrive de vous poser cette question.
Journaliste : Oui. Mais vous êtes encore jeune. Vous avez 50 ans.
Ahidjo : Oui, mais 50 ans… C’est beaucoup.
Journaliste : … Êtes-vous éternel pour le Cameroun ?
Ahidjo : Non ! Certainement pas.
Journaliste : Vous pensez un jour, au fond de votre cœur, décider de partir pour mener une vie qui sera votre vie à vous ? Profiter de vous-même ?
Ahidjo : Non seulement je peux le penser, mais je le pense.
Journaliste : Ce sera dans combien d’années ?
Ahidjo : Je ne peux pas vous le dire, je ne le sais pas moi-même en réalité.
Journaliste : Ce sont des choses qui vous hantent ?
Ahidjo : Ce sont des choses auxquelles je pense.
Journaliste : Et dans une situation comme celle-là, un homme à la place que vous occupez doit assurer son avenir et presque désigner son successeur. Est-ce qu’il y a des hommes capables de continuer ce que vous avez commencé ?
Ahidjo : Oh ! Il y a certainement des Camerounais capables de continuer ce que j’ai commencé… Je pense à ma succession. Je pense que cela fait partie, d’ailleurs, du devoir et de la responsabilité d’un chef d’État.
Journaliste :… À votre avis, on doit exercer votre métier jusqu’à 70 ans, 60 ans ?
Ahidjo : Ça, je ne sais pas. Ça dépend des hommes, ça dépend des constitutions. On a vu des hommes d’État qui ont exercé le pouvoir jusqu’à 75 ans, 80 ans et même davantage… Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas exercer le pouvoir pendant trop longtemps.
Mon Analyse :
En homme de raison, conscient des faiblesses humaines dues à la sénilité et à l’épuisant exercice du pouvoir qu’implique l’édification d’un si jeune pays ; en son for intérieur, considérant ses origines au sein desquelles la raison et les longues réflexions sont intrinsèques avant de passer à l’acte, sa démission était en conformité avec sa complexion et ses mœurs sociologiques. Ce n’est donc pas faire justice à Ahidjo que de dire qu’il a fait un choix inapproprié. Ahidjo n’était pas devin pour deviner la suite de son départ.





