Dr Sandjong décortique les pièges du choix politique au Cameroun

Élections présidentielles au Cameroun : quelques clés pour un choix électoral objectif dans un contexte politique vicié

À la suite d’une tribune publiée en ligne en 2021, qui évoquait des éléments fondamentaux pour une orientation politique éclairée, l’auteur aborde cette fois des questions complémentaires, essentielles pour prendre position dans un contexte politique vicié.

Le Cameroun traverse un moment crucial de son histoire. Après environ 43 ans à la tête de l’État, le Président Paul Biya a décidé de briguer un nouveau mandat lors d’un scrutin qui suscite indéniablement une ferveur populaire considérable, malgré des dysfonctionnements profonds dans la gouvernance politique. Plusieurs faits et décisions politiques témoignent de la réalité de cet environnement politique malsain. Pour faire respecter les valeurs démocratiques, il est essentiel, dans une démarche citoyenne et intellectuelle, de mettre en lumière ces dérives afin de les dénoncer, tout en proposant quelques indicateurs pour un choix éclairé dans le contexte de cette élection présidentielle.

Certains agissements contraires à l’éthique républicaine et morale ont profondément marqué l’environnement politique camerounais ces dernières années. Dans le but de promouvoir un processus démocratique véritablement juste et transparent, plusieurs faits répréhensibles sont relevés pour tirer la sonnette d’alarme sur les pratiques qui fragilisent notre vie politique et menacent gravement la paix sociale:

– la mise en place de germes de contestation par le refus d’adopter des règles électorales consensuelles et impartiales ;

– la crédibilité de la structure chargée de l’organisation des élections est remise en cause en raison de nombreux personnels jugés partiaux et des décisions constamment litigieuses ;

– la prise pour cible, voire un acharnement à peine voilé, sur des acteurs politiques majeurs, se manifestant par des discours de haine, la désinformation, la calomnie et des actes d’instrumentalisation de masse dans la vie publique, les médias classiques et les réseaux sociaux;

– l’impunité pour certains actes illégaux perpétrés dans l’adversité politique en faveur du régime ;

– l’oppression politique, des répressions diverses et des emprisonnements jugés parfois arbitraires, notamment au niveau international, ciblant particulièrement l’opposition la plus radicale et active;

– des décisions administratives et judiciaires partiales, des interprétations tendancieuses des textes avec le soutien de certains intellectuels, dans le but d’éliminer les principaux adversaires politiques ou de les réduire au silence ;

– la minimisation, la dévalorisation, le mépris ou la diabolisation de stratagèmes politiques légitimes, permettant notamment de résister à l’injustice ou de contourner des obstacles imposés insidieusement dans l’adversité politique ;

– des engagements politiques isolés dans l’opposition, sans base populaire évidente et crédible, ni opposition idéologique concrète et constante avec le pouvoir, reflétant l’égoïsme et l’opportunisme de nombreux acteurs de la scène politique ;

– la récurrence du soutien, par certains soi-disant opposants, à des décisions arbitraires prises par le pouvoir, traduisant parfois des alliances cachées.

Ces pratiques attestent d’un contexte politique profondément vicié, allant à l’encontre des principes démocratiques et des valeurs d’intégrité. Les acteurs responsables font montre d’une hypocrisie manifeste, en affichant parfois leur croyance religieuse pour tromper l’opinion publique sur leur moralité irréprochable.

 

Cette situation suggère des réajustements dans les fondements d’une orientation politique judicieuse, en optant notamment pour des choix par défaut ou des stratégies de protestation. Pour rappel, l’idéologie de base, le programme de gouvernance ou le projet de société, associés au bilan du mandat électif pour les partis ou les leaders politiques ayant déjà exercé le pouvoir, sont des critères prioritaires pour orienter le vote ou le choix d’une obédience politique. Il est par ailleurs possible que certains partis politiques procèdent à des amendements de leur projet de société en fonction de l’évolution du temps. Il faut donc s’en informer.

Le profil ou la qualité des hommes ou des femmes politiques peut évidemment compter. Mais, il faut y accorder une considération secondaire, car ils ne sont pas éternels. Un candidat de substitution peut accéder au pouvoir et implémenter le programme d’un autre parti politique par le jeu des alliances.

Avant de prendre position, un programme de gouvernance doit normalement être analysé dans son entièreté. On doit logiquement être captivé par une majorité d’éléments correspondants à nos aspirations, suivant un triptyque incluant des bénéfices relatifs aux besoins et convictions personnels, une amélioration des conditions de vie au niveau de l’environnement socioprofessionnel et familial, et des éventuels progrès de la gestion du pays aux échelles nationale et internationale. Dans cette démarche, on peut se fier à certaines promesses ou à des éléments implicites des programmes, susceptibles d’aboutir aux décisions souhaitées. Cependant, il faut aussi être perspicace pour déceler des engagements qui sont a priori inapplicables, relevant souvent de velléités démagogiques. En outre, avec les modifications probables des projets de société dans l’évolution du temps, il est également important de considérer les positions officielles des partis ou des leaders politiques sur les questions d’actualité, et d’attendre la publication des versions actualisées, particulièrement avant les élections.

L’abstention, les votes nuls, le boycott et les choix électoraux par défaut ou de substitution, sont des options ou des stratégies envisageables dans des contextes politiques viciés. Une mobilisation citoyenne pour exiger des réformes institutionnelles garantissant un système électoral transparent et équitable aurait néanmoins été idéale, avant toute organisation d’élections crédibles.

L’abstentionnisme n’est pas nécessairement lié à la crédibilité du processus électoral. Il est généralement justifié par le désintéressement, la résignation, les occupations et l’absence d’une offre politique souhaitée parmi les options possibles.

Les votes nuls peuvent être protestataires. Ils peuvent de plus permettre d’éviter les fraudes par bourrage des urnes comme c’est souvent le cas avec les bulletins de vote des abstentionnistes.

Le boycott des élections peut être considéré comme un choix exceptionnel dans les stratégies politiques. Il est utilisé comme moyen de protestation pour une ou plusieurs causes, avec l’espoir de leurs prises en compte par les autorités en place. Il ne peut donc pas être évoqué en première option dans la lutte politique, car constituant un grand risque pour le maintien de l’électorat. Il a aussi cet inconvénient de faire perdre des opportunités individuelles, qu’on peut toutefois négliger lorsqu’il y a à la base un intérêt général, l’évitement du risque de déstabilisation du parti ou de perte de crédibilité du leadership. Sa pertinence est surtout à rattacher à l’objectif visé. Son efficacité repose sur une adhésion massive de l’électorat, sur la capacité du parti à préserver ou à élargir son soutien populaire après les élections, ou sur une satisfaction des revendications politiques brandies pour le justifier. En fin de compte, c’est une stratégie sacrificielle qui ne saurait être maintenue indéfiniment.

Dans l’hypothèse d’un choix électoral par défaut ou de substitution, il serait plus indiqué d’opter pour des offres politiques de transition rapide s’orientant vers la refondation des institutions et la mise en place d’une gouvernance plus démocratique favorable au développement durable.

Le leader politique pouvant porter cette vision devrait particulièrement être compétent, intègre, plébiscité dans le cadre d’un large consensus ou d’un soutien populaire significatif, et ayant une expérience considérable de la gouvernance étatique. L’inconstance plus ou moins longue dans les prises de position politiques peut être tolérée, surtout lorsqu’elles sont motivées par des raisons stratégiques. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître qu’on s’est trompé, tout en s’engageant autant que possible à réparer ses fautes. On peut ainsi exceptionnellement faire confiance à un leader politique longtemps discrédité dans le passé, qui fait montre plus tard d’une réelle volonté de repentance appréciable dans le temps. Cette décision néglige le risque d’être déçu ou trahi, lorsqu’on estime avoir connu bien pire, et sans pouvoir compter sur un autre leader plus crédible.

Ainsi, dans une situation de gouvernance antidémocratique considérable, il peut être parfois approprié d’opter pour des choix politiques par défaut ou de substitution. Cependant, les votes nuls, le boycott et l’abstention peuvent également avoir des motivations fondées. L’efficacité des suffrages démocratiques dans un contexte d’autoritarisme dépend généralement en plus de l’implication effective des différentes parties prenantes dans le contrôle et la surveillance de la régularité des élections et la défense des résultats réels issus des urnes.

Le contexte vicié de la gouvernance politique au Cameroun est donc mis en relation avec de nombreux actes condamnables impliquant la classe politique, lesquels perturbent gravement la crédibilité des processus électoraux. Il a fallu les ressortir, revenir sur les bases d’une orientation politique judicieuse, avant de dégager des stratégies pouvant faciliter des choix électoraux objectifs dans un tel contexte. Il faut espérer que cette analyse contribuera à réduire les manipulations relatives à l’engagement politique au sein de la population, qui conduisent souvent à un manque d’objectivité, à une crédulité excessive face aux vendeurs d’illusions, et à un fanatisme abusif souvent malveillant.

 

Dr Sandjong Sani

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