Dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les factions issues de Boko Haram intensifient leurs incursions en confiant des postes clés à des commandants locaux. Une mutation stratégique documentée par l’Institut des études de sécurité, qui révèle les nouveaux ressorts de cette économie criminelle transfrontalière.
La menace terroriste dans le septentrion camerounais mute, mais ne faiblit pas. Dans les départements du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga, les incursions le long de la frontière demeurent quasi quotidiennes, transformant cette zone en une véritable « arrière-boutique » pour les groupes armés nigérians. Loin d’être le simple épicentre du conflit situé dans l’État de Borno, le territoire camerounais sert désormais de zone de ravitaillement privilégiée grâce à l’ascension de commandants locaux.
Selon les analyses de Célestin Delanga, chargé de recherche basé à Maroua pour l’Institut des études de sécurité (ISS), cette évolution s’est accentuée au cours des cinq dernières années. Des combattants de nationalité camerounaise parviennent à accéder à des postes de commandement au sein de factions telles que le JAS. Connaissant parfaitement le terrain, les axes routiers et les complicités locales, ces « enfants du terroir » contournent efficacement les dispositifs militaires pour mener à bien leurs opérations.
Vol de bétail, prédation des récoltes, pillages de vivres et enlèvements ciblés constituent le carburant financier de ces factions. Certains de ces caïds locaux se retrouvent ainsi à la tête de contingents comptant jusqu’à 400 insurgés, orchestrant des attaques nocturnes récurrentes dans des localités comme Kolofata ou Mora. Face à ce triste bilan qui a placé l’Extrême-Nord au ban des zones les plus touchées par le nombre d’attaques dans le bassin du lac Tchad l’an dernier, la réponse sécuritaire locale est mise à rude épreuve.
Pour endiguer durablement ce phénomène, les experts préconisent la mise en place de programmes de reddition et de désarmement spécifiquement taillés pour ces combattants identifiés au sein des communautés. Une telle approche pragmatique pourrait significativement réduire le volume des incursions et offrir une perspective stabilisatrice dans cette région stratégique.





