Football-CHAN 2021 : Dites à la CAF que le Cameroun est prêt

Un adage de chez nous dit qu’à trop charger un fusil, il finit par vous exploser entre les mains. Il faut le dire à la CAF, le Cameroun a déjà trop préparé le CHAN 2021, il est prêt à l’accueillir, et il ne sera pas plus prêt qu’il ne l’est en ce moment.

Une correspondance de Charles Mongue-Mouyeme, spécialiste du marketing du Sport

 

Les exemples du cinquantenaire de la réunification et du comice agropastoral d’Ebolowa peuvent en témoigner : ces grands événements se sont effectivement tenus il y a quelques années, bien que leurs cahiers des charges n’aient toujours pas été complètement réalisés à ce jour.

Il faut dire à la CAF qu’elle a intérêt à organiser le CHAN 2021 sans plus « compliquer la complication » et « quitter sur ça » comme on dit au Cameroun. Si elle veut absolument que le cahier des charges soumis au Cameroun soit rempli à 100%, alors elle sera obligée de chercher un autre pays pour l’organiser. Et, pour une compétition qui ne rencontre qu’un intérêt limité auprès des amoureux du foot en Afrique et à travers le monde, un glissement supplémentaire n’en fera pas une bonne publicité.

Il faut dire à la CAF que lors de sa dernière visite des sites du CHAN 2021, le ministre des sports avait à ses côtés celui qui a créé le CHAN, l’ancien président de la CAF Issa Hayatou. Et si celui qui a passé 28 ans à la tête de la CAF, du haut de l’expérience de toutes les compétitions internationales que le continent africain a abritées sous son long règne (CAN, CHAN, MONDIAL, etc.), affirme que le Cameroun est prêt pour la tenue du CHAN 2021 sur son territoire, pourquoi l’exécutif de Ahmad Ahmad remettrait-il cela en cause ? Au contraire, il devrait s’abriter derrière les certitudes d’Issa Hayatou pour ne pas assumer entièrement les éventuels couacs qui surviendraient.

La CAF sait certainement que des pelouses de stades prévus pour le CHAN ont été détruites par l’installation de centre de luttes contre la covid-19 dessus, mais elle doit aussi savoir qu’il y a des solutions de rechange tant à Yaoundé qu’à Douala. Et puis, si les Lions Indomptables s’entraînaient souvent volontairement dans les jardins de leur hôtel lors de la CAN 2019 en Egypte, ce ne sont pas les arbitres qui vont se faire particulièrement exigeants pour leur espace d’entraînement.

Oui, les voies d’accès dans certains stades sont en très mauvais état, et peuvent même le rester jusqu’au moment du CHAN. Mais si le ministre des sports, l’ancien président de la CAF et les suites pléthoriques qui les accompagnaient lors de leurs visites de sites ont pu accéder à ces stades, c’est que les équipes et les officiels le pourront lors du CHAN. Il faut dire à la CAF que lorsque les autorités camerounaises le veulent, les routes peuvent être barrées pendant de longues heures : on peut donc le faire pour faciliter la circulation des équipes et des officiels. Et pour le public ? Quel public ? Est-ce que le coronavirus sera fini en janvier 2021 pour qu’on admette des foules de spectateurs dans les stades ?

Les hôtels et les hôpitaux disponibles au Cameroun peuvent parfaitement convenir aux joueurs locaux de la plupart des pays africains dont le quotidien n’est guère reluisant. Il faut dire à la CAF que, si elle ne se préoccupe pas outre mesure du standing quotidien de vie des footballeurs africains évoluant dans leurs pays, ce n’est pas en 3 semaines qu’elle va faire illusion en exigeant pour eux un confort très élevé.

Dites à la CAF d’exercer désormais sa forte pression sur les volets marketing et communication du CHAN 2021, parce que pour les infrastructures, le Cameroun a même déjà dépassé son niveau d’avancement habituel en pareille circonstance. L’argent pour « arranger » les rapports d’inspection pourra servir à autre chose. Comme on ne pourra pas admettre le grand public dans les stades, la CAF devrait par exemple songer à démocratiser les droits TV pour que toutes les chaînes de télé du Cameroun et de l’Afrique puissent retransmettre les matchs du CHAN sans subir des menaces de procès.

Charles MONGUE-MOUYEME