Grand Nord : Près de 600 milliards de FCFA engloutis dans des chantiers routiers au point mort

Alors que le ministère des Travaux publics dresse un bilan flatteur des projets routiers dans le Grand Nord, une note technique interne révèle une réalité bien plus nuancée. Entre retards d’exécution, délais consommés et factures impayées, les grands chantiers peinent à tenir leurs promesses.

À Yaoundé, la communication officielle cultive parfois l’art d’embellir le bitume. Le 29 septembre dernier, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a publié une note d’information présentant sous un jour flatteur l’évolution des chantiers routiers financés par la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale et l’Union européenne dans la partie septentrionale du pays. Pourtant, un examen rigoureux des documents techniques de revue des projets raconte une tout autre réalité : celle de milliards de francs CFA englués dans des retards vertigineux.

Avec plus de 600 milliards de FCFA de financement cumulé pour 709 km de routes — dont 449 km sur la stratégique Nationale n°1, artère vitale du corridor Douala-N’Djamena —, les attentes des populations de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua étaient immenses.

Sur l’axe Ngaoundéré-Garoua (242 km), par exemple, la tutelle assure que les entreprises sont à pied d’œuvre et que la production de granulats a débuté. La vérité des chiffres est pourtant implacable : aucun des cinq lots ne dépasse 5 % d’exécution physique, alors que les prestataires ont déjà empoché près de 30,5 milliards de FCFA d’avances de démarrage. Pis, sur trois lots, les missions de contrôle manquaient encore à l’appel.

La situation n’est guère plus enviable sur les axes Maroua-Moutourwa, Magada-Guidiguis et Guidiguis-Yagoua. Si le gouvernement évoque de légères avancées, les données de terrain montrent que 80 % des délais contractuels ont déjà été consumés pour des taux d’exécution oscillant péniblement entre 14 % et 34 %. Des reports de livraison sont d’ores et déjà planifiés pour le début de l’année 2027. De même, sur le corridor Mora-Dabanga-Kousseri (192 milliards de FCFA), les marchés signés en début d’année affichent des taux faméliques de 1 % à 6 %, plombés par un environnement sécuritaire préoccupant et des blocages de trésorerie.

Entre factures en suspens — à l’instar des 12,5 milliards de FCFA réclamés par des entreprises chinoises — et mises en demeure ministérielles brandies comme ultime avertissement, la politique des infrastructures dans le Grand Nord ressemble de plus en plus à un parcours d’obstacles. À l’épreuve des faits, la rhétorique optimiste de Yaoundé se heurte désormais à l’urgence d’une refonte profonde de la gouvernance contractuelle.

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