Peut-on passer d’un combat régional assumé à une ambition nationale affichée ? C’est le pari que dit désormais vouloir relever Guibaï Gatama, figure bien connue du paysage médiatique et politique camerounais.
À l’horizon 2026, le patron de L’œil du Sahel annonce la création d’une formation politique qu’il souhaite « innovante » et « alternative », capable de rassembler « du nord au sud et de l’est à l’ouest ».
Longtemps perçu comme l’un des principaux porte-voix des frustrations du Grand Nord, Guibaï Gatama tente aujourd’hui de repositionner son discours. Il présente cette nouvelle ambition comme le prolongement naturel de son expérience d’observateur, d’analyste et d’acteur du débat public national. Selon lui, le Cameroun aurait besoin d’un parti « central et centré », fondé sur des valeurs républicaines, modérées et résolument opposées aux extrêmes, dans un contexte politique qu’il juge de plus en plus polarisé.
Pour Guibaï Gatama, le moment est opportun. Le pays sortirait, selon son analyse, d’une séquence politique tendue, marquée par des crispations, des contestations et une profonde lassitude citoyenne. Il décrit une classe politique « vieillissante » et « déphasée », incapable de répondre aux aspirations d’une population jeune, confrontée à la précarité, au chômage et au sentiment d’exclusion.
Sa future formation entend se positionner comme une réponse à cette demande de renouvellement. L’objectif affiché est de créer un espace politique capable de transcender les clivages habituels majorité/opposition, régions, appartenances sociologiques pour proposer une offre perçue comme plus inclusive. Guibaï Gatama met en avant son principal atout : un réseau relationnel étendu, tissé au fil des années aussi bien dans les cercles politiques que dans la société civile, les médias et les milieux intellectuels. Reste à savoir si ce capital relationnel pourra se transformer en une véritable force militante organisée.
Le principal obstacle à cette ambition nationale demeure toutefois la trajectoire même de son initiateur. Originaire de l’Extrême-Nord, Guibaï Gatama s’est imposé comme un défenseur influent des problématiques propres au septentrion : pauvreté, insécurité, sous-investissement et marginalisation perçue. Cette posture s’est notamment matérialisée par le lancement du mouvement « 10 millions de Nordistes », présenté comme un cadre apolitique de défense d’intérêts régionaux.
Ce mouvement avait été interdit en 2020 par le ministère de l’Administration territoriale, qui l’accusait d’agir en marge des principes républicains. Depuis, l’étiquette de régionalisme continue de lui coller à la peau. Guibaï Gatama s’en défend, expliquant avoir voulu attirer l’attention sur des problèmes structurels qu’il juge comparables à ceux d’autres régions du pays, même s’ils seraient, selon lui, plus accentués dans le Grand Nord, chiffres officiels à l’appui.
Le passage d’un registre de défense prioritaire du septentrion à une ambition revendiquée comme nationale constitue donc un tournant délicat. C’est sur sa capacité à élargir son audience sans renier son ancrage que son projet sera particulièrement scruté.
À ce stade, la formation politique annoncée reste largement à l’état de projet. Aucun nom n’a encore été arrêté, l’idéologie est décrite comme « en cours de réflexion » et l’architecture interne demeure floue. Guibaï Gatama évoque une organisation qui ne serait pas nécessairement calquée sur les modèles traditionnels, sans toutefois préciser les mécanismes de gouvernance, de désignation des responsables ou d’implantation territoriale.





