« Je vois dans cette visite du Pape un moment de vérité »

Etant annoncé au Cameroun du 15 au 18 avril 2026 pour un voyage apostolique, l’universitaire et homme politique Vincent Sosthène Fouda analyse la venue du souverain pontife comme une occasion pour le Cameroun de faire une épreuve de cognition nationale.

Le Pape sera au Cameroun du 15 au 18 avril 2026

La nouvelle de la venue du pape au Cameroun, du 15 au 18 avril, résonne comme un appel à la fois spirituel et civique. Dans un pays où la foi irrigue les gestes les plus simples de la vie quotidienne, où les familles portent la prière comme d’autres portent un héritage, cette visite ne peut être un simple déplacement diplomatique. Elle est une halte de sens, une respiration dans l’histoire, un moment où l’Église universelle se penche sur un peuple qui croit, espère et souffre.

En homme de foi, je vois dans cette venue un signe de consolation. Le Cameroun est un pays où les églises sont pleines, où les processions rassemblent, où les jeunes chantent leur espérance malgré les incertitudes. Le pape vient rencontrer cette piété vivante, cette ferveur qui ne s’est jamais éteinte, même dans les heures les plus sombres.

En républicain, je vois aussi dans cette visite un moment de vérité. Car la foi ne dispense pas de justice, et la paix ne se construit pas sur l’oubli. Le Cameroun porte des blessures que nul discours ne peut effacer. La jeunesse attend qu’on lui parle d’avenir, non de résignation. Les femmes, premières gardiennes de la vie, demandent protection et dignité. Les vieillards, mémoire vivante de la nation, réclament qu’on écoute leur sagesse plutôt que de les reléguer dans le silence.

Il serait indigne de taire, en ces jours de préparation, les noms de ceux dont la mort demeure une énigme douloureuse.

Mgr Jean-Marie Benoît Bala, dont l’assassinat a laissé une cicatrice profonde dans la conscience nationale.

Marie-Lou Mballa Ntsama, dont le destin brisé rappelle la vulnérabilité des femmes dans notre société.

Et tant d’autres, anonymes ou connus, victimes d’une violence qui n’a jamais dit son dernier mot.

Il serait tout aussi indigne d’oublier la guerre qui ravage encore les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le sang versé là-bas n’est pas un fait divers : c’est une plaie ouverte dans le corps de la nation. Les familles déplacées, les enfants privés d’école, les villages désertés, les deuils sans fin… tout cela appelle une parole forte, une parole qui ne contourne pas la vérité.

La visite du pape ne résoudra pas tout. Mais elle peut ouvrir un espace. Un espace où la dignité humaine redevient centrale. Un espace où l’on se souvient que la République n’est pas un simple appareil administratif, mais une promesse : celle de protéger les faibles, de rendre justice aux victimes, de garantir à chacun la possibilité de vivre debout.

Je forme le vœu que cette visite soit l’occasion d’un examen de conscience national. Que les autorités civiles et religieuses entendent la clameur silencieuse de ceux qui n’ont plus de voix. Que la jeunesse trouve dans les paroles du Saint-Père non pas un baume passager, mais un encouragement à bâtir un pays où l’on ne craint plus de rêver. Que les femmes y trouvent reconnaissance et respect. Que les anciens y retrouvent la place qui leur revient : celle de guides, non de spectateurs.

Le Cameroun mérite la paix. Il mérite la vérité. Il mérite la justice.

Et peut-être, dans la lumière de cette visite apostolique, trouverons-nous la force de reprendre ensemble le chemin de la réconciliation.

 

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