Jean de Dieu Momo : « Issa Tchiroma travestit la règle de Pareto »

Jean de Dieu Momo dénonce la tentative d’Issa Tchiroma Bakary de détourner la règle de Paretopour justifier une victoire électorale sans preuves.

Le ministre estime que cette utilisation pseudo-scientifique de la loi des 80/20 relève d’une manipulation politique destinée à tromper l’opinion.

Le membre du gouvernement rappelle que seules les urnes et les procès-verbaux peuvent légitimer une élection, non des calculs approximatifs transformés en argument de propagande.

A l’attention de l’équipe de Monsieur Issa Tchiroma Bakary.

La règle de Wilfredo Pareto : Quand Issa Tchiroma Travestit la Règle de Pareto : Une Tromperie Scientifique Déguisée en Stratégie Politique

La politique, plus que tout autre domaine, aime s’habiller de science lorsqu’elle manque de preuves tangibles. C’est précisément ce que tente de faire Issa Tchiroma en invoquant la célèbre règle de Pareto, pour justifier une victoire électorale qu’il ne parvient pas à démontrer par les voies les plus crédibles, à savoir les procès-verbaux issus des urnes.

Mais avant d’aller plus loin, qu’est-ce que la règle de Pareto ?

La règle de Pareto, aussi appelée principe des 80/20, est une observation empirique établie par l’économiste italien Vilfredo Pareto, selon laquelle 80 % des effets proviennent de 20 % des causes. À l’origine, Pareto observait que 80 % des terres en Italie étaient détenues par 20 % de la population. Cette loi s’est popularisée dans les domaines du management, de l’économie ou encore de l’ingénierie qualité, avec des déclinaisons comme : 80 % des ventes proviennent de 20 % des clients ; 80 % des problèmes viennent de 20 % des causes ; 80 % des profits viennent de 20 % des produits.

Cependant, il ne s’agit en aucun cas d’une règle mathématique stricte car elle ne repose sur aucune preuve universelle. Les chiffres ne sont pas immuables ; ils peuvent varier. On observe parfois du 70/30, du 90/10… C’est donc une règle empirique, une tendance générale, et non un modèle prédictif ou une loi absolue applicable à toutes les situations — encore moins à une élection présidentielle.

Voici par exemple une mauvaise utilisation : Monsieur Issa Tchiroma prétend que 18 départements concentrent 80 % de l’électorat et le reste 20% soit 40 Départements.

Dans un tour de passe-passe pseudo-scientifique, Issa Tchiroma tente de transposer la règle de Pareto au domaine électoral. Il affirme ainsi que 80 % des électeurs proviennent de 18 départements clés sur 58, et que remporter ces 18 suffirait à garantir une victoire nationale.

Sauf que là, nous passons déjà de 80/20 à 58/18, ce qui montre une adaptation approximative, voire abusive, du principe originel. Le chiffre de 18 départements, correspondant à un peu moins de 31 % du total, ne correspond ni à la lettre ni à l’esprit de la règle de Pareto. Mais plus grave encore, ces départements ne lui sont même pas acquis.

Prenons quelques exemples précis pour illustrer cette imposture :

Le Noun, que Tchiroma semble inclure dans ses 18 départements stratégiques, est un bastion historique de l’UDC, autrefois dirigé par Adamou Ndam Njoya et aujourd’hui représenté par son épouse Tomaino Ndam Njoya. C’est un département hautement disputé entre l’UDC et le RDPC. Y revendiquer une victoire assurée relève du fantasme.

La Lékié et le Centre, eux aussi prétendument acquis, sont réputés être des fiefs du RDPC, avec une emprise politique et administrative profondément ancrée. Prétendre y avoir gagné sans preuves tangibles est tout simplement mathématiquement invraisemblable.

Et même si, par pure hypothèse d’école, on lui concédait une victoire hypothétique dans un département comme la Menoua, cela ne suffirait pas. Car trois départements stratégiques parmi les 18 sur lesquels il fonde ses prétentions ne peuvent être considérés comme remportés. Cela ramène son total hypothétique à 15 départements sur 58, ce qui représente environ 25 % du total. Nous sommes donc bien loin des 80 % d’électeurs nécessaires pour prétendre à une victoire nationale, même selon ses propres calculs.

Ce qui est en réalité frappant, c’est que M. Tchiroma, faute d’avoir les procès-verbaux électoraux pour appuyer sa thèse, cherche désespérément une légitimité scientifique à travers une règle qu’il comprend mal et applique encore plus mal.

Il fait dire à la règle de Pareto ce qu’elle ne dit pas, et en déforme les principes pour servir une stratégie politique bancale. En cela, il ne démontre ni rigueur intellectuelle ni sincérité. Pire encore, il tente de mobiliser la jeunesse en la poussant dans la rue sur la base d’une victoire présumée, mal argumentée et sans fondement réel.

La règle de Pareto est un outil d’analyse intéressant dans bien des domaines. Mais dans le contexte d’une élection présidentielle, elle ne remplace ni les bulletins de vote ni les procès-verbaux. Et lorsqu’elle est mal utilisée, comme le fait Issa Tchiroma, elle devient un instrument de manipulation plutôt qu’un outil de compréhension.

Il est donc temps d’appeler les choses par leur nom : ce n’est pas de la stratégie, c’est de la désinformation. Et elle ne saurait servir de base à une quelconque légitimité populaire ou à une mobilisation citoyenne. Les élections se gagnent dans les urnes, pas dans les pirouettes statistiques.

Yaoundé le 19 octobre 2025.

Dr Momo Jean de Dieu

Président National du Paddec

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