Jean Pierre Bekolo critique le discours moral autour de Kamto

Le cinéaste camerounais Jean-Pierre Bekolo dénonce la dérive du débat autour de la candidature de Maurice Kamto à la présidentielle de 2025, qu’il qualifie de « procès moral ». Selon lui, ce débat doit rester centré sur la loi et la démocratie, et non sur des accusations morales qui mettent en cause la légitimité des contestataires. JP Bekolo rappelle que la justice doit respecter la diversité des choix politiques, et que manipuler la loi au nom de la morale remet en question les fondements de l’État de droit.

« KAMTO ET LA « TURPITUDE » POLITIQUE – Quand un adage populaire prend le pas sur le droit.

« Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude » : cette expression, que l’on entend partout ces jours-ci dans les cercles politiques et médiatiques camerounais à propos de Maurice Kamto, semble suggérer qu’au Cameroun, malgré 42 ans de règne, le jeu politique serait ouvert, sain et démocratique. Comme si seules les “turpitudes” personnelles des acteurs politiques étaient le problème.

 

Pire encore, ce sont souvent ceux-là mêmes qui veulent l’éliminer qui se posent en conseillers, lui reprochant ses choix politiques, oubliant qu’il a été emprisonné après avoir contesté une élection qu’il estimait volée. Quelle serait donc la vraie “turpitude” de Kamto ? Avoir dit que Biya avait triché ? Ne pas avoir participé à une élection qu’il jugeait biaisée ? Ce qui était un acte moral devient, rétrospectivement, un argument de justice populaire. Un lynchage moral collectif. Comme s’il n’y avait aucune faute de l’autre côté. Cette façon de cibler un individu est tout simplement malhonnête sur le plan intellectuel.

 « Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude »

Ironiquement, ce principe — censé empêcher quelqu’un de tirer avantage de ses propres fautes — est aujourd’hui instrumentalisé pour justifier l’exclusion de Kamto de la présidentielle. L’argument ? En ne présentant pas son parti, le MRC, aux élections municipales et législatives de 2020, il se serait lui-même exclu du jeu politique. Il ne pourrait donc se plaindre aujourd’hui de son inéligibilité.

Il faut le redire clairement : le choix du MRC de boycotter ces élections n’était ni une erreur stratégique, ni une négligence, encore moins un désengagement. C’était un acte politique assumé, fondé sur des dénonciations. Le boycott n’est pas une fuite ; c’est une forme de résistance. La morale ne peut devenir un instrument de punition politique.

Ce qui dérange ici, c’est que la justice soit remplacée par un jugement moral. On glisse d’un raisonnement juridique vers une sentence populaire : « Il n’a pas joué, qu’il se taise maintenant. » Cette logique trahit l’esprit même du droit, qui garantit à chacun la possibilité de contester, de se retirer, de revenir. La démocratie repose sur la diversité des choix, y compris celui de boycotter.

Plus inquiétant encore : ce glissement moral s’invite dans les cercles intellectuels. Le débat cesse alors de porter sur le droit ou la démocratie, pour devenir un procès moral. Or, le rôle de l’intellectuel n’est pas de se joindre au chœur des procureurs, mais de rappeler que le droit protège aussi ceux qui contestent le système.

Le comble, c’est que ceux qui invoquent la “turpitude” de Kamto sont souvent les mêmes qui transgressent impunément les lois depuis des décennies. En tordant les textes pour éliminer un adversaire, on transforme le droit en piège. La véritable turpitude, c’est celle d’un système qui manipule la loi pour se maintenir au pouvoir.

Ce débat dépasse largement la personne de Kamto. Il engage notre conception de la démocratie, de la justice, de l’éthique publique. Quand la sagesse populaire devient une arme contre le droit, quand la morale remplace les garanties juridiques, nous ne sommes plus dans un État de droit, mais dans une zone grise, où tout peut être justifié au nom de la ruse politique ».

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