La lettre de Vincent Sosthène Fouda à Issa Tchiroma

Monsieur le Président Issa Tchiroma Bakary,

Permettez qu’en tant que sociologue, témoin de notre histoire et observateur des réalités sociales de notre pays, je m’adresse à vous avec la franchise que requiert l’heure.

Non, Monsieur le Président, il n’y a pas aujourd’hui au Cameroun d’arrestations fondées uniquement sur le faciès. Je le dis avec la rigueur de l’observation empirique, non pour nier les dérives, mais pour éviter les amalgames. Ce qui se joue actuellement dans notre pays, aussi grave soit-il, ne saurait être comparé à 1984. Ce débat, nous pourrons l’avoir un jour, sereinement, avec les archives, les faits et les mémoires.

Mais aujourd’hui, parlons de l’élection présidentielle et de ses résultats. Le vote populaire vous place à la tête du pays ; la décision constitutionnelle, elle, maintient le président Biya. Nous voilà donc, dans cette République que vous avez servie dès les années 70, avec deux légitimités qui s’affrontent. Et c’est là que votre parole, hier, a manqué sa cible.

Votre déclaration, loin de rassembler, a ravivé des blessures. Elle a fracturé là où il fallait recoudre. Elle a divisé là où il fallait unir. Et pourtant, les Camerounais, dans leur grande maturité, avaient commencé à vous pardonner votre implication dans les dérives du régime de 1982 — qui, faut-il le rappeler, n’était que le prolongement de celui de 1958.

J’ai été témoin, Monsieur le Président, des exactions que vous avez tues. Me Alice Nkom, dans un éclair de lucidité, a dit que vous n’y pouviez rien. Soit. Mais alors, aujourd’hui, vous pouvez quelque chose : tenir un discours rassembleur. Vous pouvez choisir la parole qui guérit plutôt que celle qui stigmatise. Vous pouvez appeler à la paix, à la justice, à la réconciliation.

Épargnez-nous les allusions qui opposent les Camerounais les uns aux autres. À moins que vous ne souhaitiez entériner la sagesse de nos ancêtres, qui nous rappelle qu’« un monceau de bois a beau séjourner un siècle dans l’eau, il ne deviendra jamais poisson ».

Monsieur le Président, prenez ceci non comme un reproche, mais comme un conseil. Un appel à la hauteur. Un rappel à l’histoire.

 

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