Dans une nouvelle sortie, le cinéaste camerounais présente un monde qui n’est plus gouverné par les armes, mais par des industries culturelles exploitées et consommées par tous.
« DE QUOI JE ME MÊLE
Et si l’Afrique commençait à se mêler des histoires qui, soi-disant, « ne la regardent pas » ?
Le film que je présente ce soir en avant-première mondiale au festival Écrans Noirs de Yaoundé se veut à la fois un geste artistique et politique.
Le cinéma nous a toujours présenté, surtout à nous Africains, le monde occidental comme un objet fini, clos, sur lequel nous n’avons aucune prise. Nous regardons, impuissants, toutes ces histoires où nous reconnaissons des erreurs, sans jamais pouvoir dire : « Non, cela aurait pu être autrement. » Pire encore : il nous est interdit d’y proposer notre regard, nos valeurs et nos solutions — alors qu’eux le font sans cesse chez nous.
Avec Le Goût du vin de palme, je propose au contraire un cinéma spéculatif, proche de la science-fiction, qui pose la question du « et si ? » et permet d’imaginer autre chose.
Le monde occidental nous a dominés non pas parce qu’il était le meilleur, mais parce qu’il fut d’abord le plus brutal, puis parce qu’il a su financer et imposer son modèle chez nous. Résultat : plus de 90 % des problèmes africains sont pensés avec des solutions occidentales. En Afrique, on attend désespérément la « solution africaine ». Il est donc temps, par le cinéma, d’investir ce monde qui nous a dominés et continue de le faire, non plus par les armes, mais par le soft power des récits, des films, des histoires que nous consommons sans cesse.
C’est ainsi qu’est né Le Goût du vin de palme. Une histoire qui, en apparence, ne me concernait pas : celle de la femme la plus riche de France, en conflit avec sa fille à cause d’un amant. Inspiré librement de l’affaire Bettencourt, j’ai décidé de m’en mêler. Qu’a donc à voir un cinéaste camerounais avec ce drame de riches blancs ? Justement : tout.
Et si le chauffeur d’Ariane Boréal, l’héritière la plus riche d’Europe, était camerounais ? Et si, à travers lui, nous pouvions interroger notre propre rapport à l’argent ? Car chez nous, l’argent est au cœur de tout et pourtant il ne construit rien. Au Cameroun, les successions échouent, les fortunes se dilapident, les politiciens s’accrochent au pouvoir pour s’enrichir.
Le Goût du vin de palme n’est pas seulement une histoire d’amour interdit et d’héritage disputé. C’est une expérience de cinéma qui libère l’Afrique des cases où on voulait l’enfermer. En plaçant l’Afrique au centre d’un monde dont elle est exclue, j’ai voulu ouvrir une réflexion universelle sur l’argent, le pouvoir et le bonheur. Ce cinéma assume un rôle de guérison symbolique : il réinvente le réel, refuse l’invisibilité et affirme que l’Afrique peut offrir autre chose au monde.
Voilà pourquoi je me suis mêlé de cette histoire : pour briser le monopole des récits occidentaux, pour rouvrir le monde à d’autres possibles, et pour rappeler que nous avons, nous aussi, le droit d’imaginer et de proposer nos propres futurs.
La projection sera précédée et suivie d’une dégustation de vin de palme ».





