Dans cette sortie de l’économiste Louis Marie Kakdeu, il est évident que voir une Afrique prospère ne fait pas bonne vente ; une Afrique pitoyable enrégimente la compassion et ouvre les aumônières.
« L’industrie de la pauvreté en Afrique
Un écosystème économique et institutionnel entier s’est construit autour de la pauvreté africaine, créant paradoxalement des intérêts à son maintien. Des milliers d’ONG internationales et locales, des agences de coopération, des fondations philanthropiques, des programmes d’aide justifient leur existence par la persistance de la pauvreté. Si l’Afrique se développait réellement, tout cet appareil perdrait sa raison d’être.
Ces acteurs ne conspirent pas consciemment pour maintenir l’Afrique dans la pauvreté, mais leurs intérêts structurels vont dans ce sens. Ils ont besoin de photos d’enfants faméliques pour leurs campagnes de levée de fonds, de statistiques alarmantes pour justifier leurs budgets, de situations de crise pour légitimer leurs interventions. Une Afrique prospère ne fait pas vendre ; une Afrique misérable mobilise la compassion et ouvre les portefeuilles. Cette industrie de la pauvreté emploie des dizaines de milliers de personnes, brasse des milliards de dollars, mais produit des résultats dérisoires en termes de développement durable. Les projets se succèdent sans cohérence, créant une dépendance toujours plus grande à l’aide extérieure. Les populations deviennent des « bénéficiaires professionnels » qui apprennent à jouer le jeu de la victimisation pour attirer les financements.
(Extrait de Kakdeu, LM. Cette Afrique qui s’éloigne du progrès. Ouvrage à paraître) »




