Pour le journaliste camerounais Georges Dougueli collaborant pour Jeune Afrique, le nerf de la guerre est sans aucun doute la raison de l’absence d’une candidature unique de l’opposition.
« Pourquoi se parlent-ils depuis des semaines sans se mettre d’accord sur une coalition ? D’ailleurs, pourquoi ne disent-ils pas au grand public de quoi ils discutent exactement ? Pourquoi ces communiqués laconiques alors que l’objectif commun (balayer le système Biya) est clair et plus que jamais atteignable ? »
« Mettons les pieds dans le plat : personne n’avouera jamais que ces interminables va-et-vient, ces médiations inabouties, ces appels hypocrites au rassemblement ont une explication indicible : C’est l’argent. Sonnant et trébuchant. Les postes et autres positions de pouvoir après cette élection ou aux législatives. Eh oui, disons-le sans prendre de gants, une partie des pourparlers relève d’une négociation de marchands de tapis. Ceux qu’on appelle à se désister demandent, au minimum, le remboursement de leur caution [30 millions de Fcfa] »
« Cette partie des pourparlers ne figurera jamais dans les communiqués lénifiants et débordant de bon sentiments. Pourquoi le sort de cette caution reversée au Trésor public devient-il, subitement, un sujet réservé aux initiés ? Et par quel tour de passe-passe comptable celui qui rembourse justifiera-t-il cette dépense dans ses comptes de campagne ? Le tout dans une entreprise politique visant à «changer» la gouvernance actuelle par une plus vertueuse ? »
« Nos politiciens ont le matérialisme honteux. Ils ne prennent pas de hauteur. Il font semblant. Pourquoi selon vous ? Si un candidat appelé à rejoindre une coalition n’était pas capable de renoncer à sa caution, il se rendrait coupable, à mon avis, d’une faute morale. Ceux qui portent cette exigence ignorent le sens même de l’engagement politique. Il n’y a pas d’engagement sans don soi. Dans ce sens, la politique se rapproche de la charité, le plus noble des commandements sociaux. Il n’y a pas pire qu’un marchand de tapis pour dégoûter le plus zélé des électeurs. Homme d’argent, il n’est pas disposé à servir la communauté nationale, trop occupé qu’il est à amasser et à accumuler des biens pour penser grand, c’est à dire moderniser, démocratiser et humaniser le pays. Les intéressés se reconnaîtront ».



