Le football au cœur d’une bataille d’influence…

Dans cette analyse de BBlaise Etongtek, il est clair que la victoire des lions indomptables va au-delà d’un simple fait sportif et pourtant…

À peine le coup de sifflet final retentit, alors que l’émotion populaire est encore brute, Samuel Eto’o Fils , président de la FECAFOOT, publie sur son compte Facebook officiel la photo du directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence de la République, Oswald Baboke. Pas de texte, pas d’explication. Une image nue, mais éloquente avec un cœur. Dans un contexte où chaque geste est scruté, cette publication vaut discours. Elle suggère, elle insinue, elle revendique. Elle dit à qui veut l’entendre que la FECAFOOT n’est pas isolée, qu’elle sait parler le langage du sommet, et qu’elle possède, elle aussi, ses passerelles vers le pouvoir. Dans le Cameroun d’aujourd’hui, l’image est souvent plus bruyante que la parole.

Le lendemain seulement, Narcisse Mouelle Kombi entre en scène. Cette fois, pas d’allusion, pas de symbole flou. Le ministre des Sports parle clairement, officiellement, chiffres à l’appui. Il félicite les Lions indomptables et annonce, au nom de l’État, le paiement des primes de qualification et de victoire, soit 18 180 000 FCFA par joueur. Le message est méthodique, calculé, presque chirurgical. Là où l’un a montré une proximité supposée, l’autre rappelle une réalité institutionnelle : l’État paie, l’État assume, l’État reste le garant.

Cette succession n’a rien d’un hasard. Elle ressemble à une partie d’échecs jouée en plein jour. D’abord le coup symbolique, ensuite la riposte institutionnelle. Deux styles, deux temporalités, mais une même obsession : occuper l’espace après la victoire, capter l’attention, s’approprier une part du succès. Dans ce pays, le football est trop précieux pour être laissé aux seuls joueurs.

La prime, présentée comme un simple levier de motivation, devient dans cette séquence un instrument politique à part entière. En annonçant publiquement son paiement, le ministre ne se contente pas de rassurer les joueurs. Il parle à l’opinion, il neutralise par anticipation toute polémique, et surtout, il fixe les lignes de pouvoir. Peu importe les querelles, les communiqués, les bras de fer : quand il s’agit de ressources financières, la source est connue.

Ce qui frappe, une fois de plus, c’est l’incapacité collective à laisser une victoire respirer. Chaque succès des Lions indomptables agit comme un révélateur cruel. Au lieu d’unir, il expose. Au lieu d’apaiser, il ravive les rivalités. Chacun s’empresse de montrer qu’il existe, qu’il compte, qu’il est indispensable. Le football devient alors un prétexte, une scène sur laquelle se jouent des luttes qui n’ont plus grand-chose de sportif.

Pendant que les joueurs transpirent, risquent, s’exposent et gagnent, d’autres livrent une autre compétition, plus feutrée mais tout aussi acharnée : celle de l’image, de la proximité et de la légitimité. Dans cette bataille-là, on ne marque pas des buts, on envoie des signaux. Et chaque publication, chaque sortie officielle, chaque silence même, devient un acte politique.

Le plus inquiétant n’est pas cette rivalité en soi. Elle est presque naturelle dans un système aussi centralisé et passionnel. Ce qui interroge, c’est sa permanence. Même dans la joie, même dans la victoire, le football camerounais semble condamné à rester un champ de tensions. Comme si gagner ne suffisait jamais, comme s’il fallait toujours rappeler qui contrôle quoi, qui parle au nom de qui, qui est proche de qui.

Au final, les Lions avancent dans la compétition, portés par le talent et l’engagement de joueurs qui, eux, n’ont qu’un objectif : aller au bout. Mais autour d’eux, le bruit ne faiblit jamais. Car au Cameroun, chaque victoire des Lions n’est pas seulement une fête populaire. C’est aussi le début d’un autre match, plus sournois, plus politique, où l’on joue moins pour le trophée que pour le pouvoir.

 

 

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