Léon Theiler Onana s’adresse à Paul Biya

L’ancien membre du Rdpc, candidat recalé à l’élection présidentielle du 12 octobre dernier, a adressé un message au  président Paul Biya.

Ma lettre Ouverte à S.E. Paul Biya : L’Héritage Sanglant du Déni

Objet : La dette du sang versé vous échoit indubitablement.

Monsieur le Président,

Quarante-trois ans. Près d’un demi-siècle. Votre règne constitue une éternité pétrifiante pour un peuple contraint de voir une figure tutélaire unique à sa tête. Je suis personnellement, le témoin et l’acteur qui a vu venir et refuser cette ultime compromission. J’ai ainsi mesuré le prix de l’insoumission sous votre gouvernance et aujourd’hui, c’est au milieu du fracas et du deuil national que je vous interpelle.

Depuis quelques jours, les rues, de Douala à Garoua, sont maculées du sang des citoyens tombés dans le sillage des contestations post-électorales. Des vies sont brisées, des familles sont dévastées, uniquement parce que des Camerounais ont osé clamer leur soif inextinguible de vérité et d’alternance.

Ce sang, Monsieur le Président, n’est pas le fruit d’une malheureuse coïncidence ou simple « violence regrettable ». Il est la conséquence directe et absolue de votre surdité.

Vous avez méthodiquement façonné ce drame : par l’opacité cultivée, le verrouillage systématique des institutions, et le refus obstiné d’écouter le murmure, puis le cri de la base populaire. Vous avez préféré le confort des cercles de courtisans au détriment de la voix des populations, estimant que la nation devait se plier à la longévité d’un seul homme plutôt que de suivre sa destinée démocratique.

Je m’interroge sur ce que nous retiendrons de votre héritage : Le Démocrate ou l’Autocrate ?

Vous aviez jadis solennellement affirmé, Monsieur le Président, que vous souhaitiez que l’Histoire retienne de vous : l’homme qui a apporté la démocratie au Cameroun !
A l’épreuve des faits, votre bilan est tout simplement hallucinant :
– Comment concilier la démocratie avec l’insensibilité voire l’indifférence dont vous faites montre encore aujourd’hui face à l’interpellation légitime de votre peuple ?
– Comment le démocrate peut-il justifier que la violence, les exécutions sommaires et les vagues d’arrestations arbitraires soient réponse privilégiée à une population disposée au dialogue ?
– Comment le véritable démocrate peut-il s’accommoder d’une succession de «hold-up » électoraux dont le dernier ?
– Comment votre vision du pouvoir peut-elle cadrer avec l’objectif fondamental de la démocratie qui implique de se mettre au service de son peuple ?
– Comment pouvez-vous sincèrement vous considérer comme un serviteur du Peuple camerounais au vu des tragédies que nous traversons depuis les lendemains du 12 octobre dernier ?

Aujourd’hui, cette impasse politique, cette œuvre de déni, se paie au prix fort : la vie des Camerounais.

Vous avez ignoré les mises en garde, méprisé l’impératif de renouvellement et tourné le dos à la jeunesse qui ne demande qu’à construire son avenir sans l’ombre tutélaire d’un passé figé. Ce que vous avez semé dans le déni, vous le récoltez désormais dans la violence.

Sachez ceci : chaque balle tirée, chaque vie innocente fauchée durant ces jours de colère ne sera pas oubliée. Le sang qui coule ne souillera pas seulement les trottoirs ; il souillera irrévocablement votre héritage.

Monsieur le Président, le prix de votre silence et de votre obstination se compte désormais en vies humaines. Devant le tribunal de l’Histoire, chaque goutte de ce sang vous sera inexorablement comptée.

Yaoundé, le 28 octobre 2025

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