Cameroun : «il n’est pas exclu que la société civile descende dans la rue pour exiger le dialogue », Philipe Nanga

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Cameroun : «il n’est pas exclu que la société civile descende dans la rue pour exiger le dialogue », Philipe Nanga

Philipe Nanga doute du caractère sincère du dialogue annoncé par le gouvernement pour essayer de juguler la crise meurtrière des régions du Sud-ouest et Nord-Ouest. Dans une interview accordée à nos confrères de Lewouri.Info, le coordonnateur de l’ONG « Un Monde à venir », estime qu’il est temps qu’une véritable coalition des acteurs se mette en place, et manifester publiquement pour ldemander l'ouverture du dialogue à cette crise qui fragilise une partie du Cameroun.

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Monsieur Philippe Nanga, vous semblez être dubitatif sur la fameuse promesse du premier ministre au sujet de la volonté des pouvoirs publics à instaurer un dialogue inclusif pour la résolution définitive de cette crise?.

J’ai des doutes sur la sincérité de ce processus lié à l’ouverture d’un dialogue inclusif. Les indicateurs qui me poussent à être sceptique sont d’abord du point de vue historique .Par le passé, le gouvernement malheureusement a très peu de fois respecté ses propres engagements .Comme 2e élément, le Premier ministre est descendu en zone de conflit. C’est normal, lui aussi est de cette zone là où il a la famille .Voilà donc, ce n’est pas extraordinaire le fait qu’il soit descendu dans les régions en crise. En plus, il n’ya rien de concret qui a été fait par rapport aux descentes antérieures de son prédécesseur. La seule différence est qu’il a annoncé que le gouvernement est désormais favorable à tout dialogue sauf la division du Cameroun. Pour le reste, on n’a pas vu quelque chose d’extraordinaire. Le 3e argument qui justifie mon doute est la nuance que son ministre de l’administration territoriale a apportée quelques jours après, sur la chaîne de télévision étrangère France 24 où il déclarait qu’il n’est pas question d’inclure dans le dialogue, la question relative à la forme de l’État. Par ailleurs, il y’a un 4e élément nouveau .C’est le conseil de cabinet qui vient de se tenir dont le communiqué final n’a pas fait allusion à la descente du premier ministre dans le nord-ouest et sud- ouest, encore moins à ce dialogue annoncé à grand renfort de publicité. On se demande si ce gouvernement est sérieux. Si le conseil de cabinet n’a pas évoqué ce sujet, cela veut dire qu’il n’est pas une urgence. Voilà un autre élément supplémentaire qui me conforte dans mon doute en ce qui concerne le caractère sincère de ce processus de paix.Même l’individu en tant que premier ministre peut être crédité d’un sérieux, je suis au regret de penser que lui ne maitrisant pas les contours de ce procès .par conséquence, il peut être victime comme les autres.

A votre avis comment est- ce que devrait se comporter le premier ministre face à la sortie controversée du ministre Paul Atanga Njie sur France 24?

Un gouvernement sérieux aurait publié un communiqué après la sortie du ministre de l’administration territoriale pour préciser sa position officielle. Soit le Minat lui même, vu sa personnalité aurait reprécisé sa pensée pour corriger la nuance .c’est la bonne attitude. On n’a vu ni le Minat, ni le P.M, ni le Mincom revenir sur cette déclaration. C’est une situation qui nous pousse à dire qu’il y’a quelque chose qui ne va pas dans ce processus .D’ailleurs à l’époque j’avais dit que cette descente était dû à la pression internationale .Surtout à la réunion informelle qui se préparait au conseil de sécurité des nations unies sur la situation humanitaire au Cameroun. Pour moi c’était un enjeu de communication politique pour que l’opinion nationale et internationale se disent qu’il y’a quelque chose qui est en train d’avancer. On peut moins créditer le gouvernement dans ce conflit.

Le sdf à travers l’honorable Jean Michel Nintcheu annonce la reprise imminente des marches dans la ville de Douala afin d’exiger l’ouverture de ce dialogue. Comment est ce que vous appréciez cette démarche du social démocratic front ?

C’est tout à fait normal qu’un parti comme le SDF, qui historiquement est un parti important .c’est normal qu’il prenne les devants. C’est pareil pour la société civile. C’est plutôt une bonne nouvelle. Si le SDF entend publiquement manifester afin d’exiger l’ouverture urgente de ce dialogue .Au niveau de la société civile, il n’est pas exclu que nous nous organisons aussi pour être à leur côté. Nous pensons aussi qu’il est peut-être temps qu’il y ait une coalition des acteurs qui manifestent publiquement pour exiger ce dialogue attendu depuis 02 ans.je pense que si le SDF s’engage réellement ,il n’est pas exclu que d’autres partis politiques ,y compris la société civile s’alignent derrière cette initiative pour exiger le dialogue afin qu’on sorte de cette crise qui a déjà trop duré à mon avis.

Une certaine opinion estime que pour décrisper l’atmosphère et apaiser les tensions, le gouvernement doit d’abord libérer les prisonniers politiques. Quel est votre avis sur la question ?

Bien entendu !quand vous discutez avec la plupart des camerounais de la zone francophone, le dialogue ne doit pas seulement axer sur la crise anglophone. Tout le monde voudrait que les multiples crises qui secouent notre pays soient prises en compte dans ce processus du dialogue. La crise anglophone ne doit pas éluder la crise post- électorale qui existe encore avec à la clé des centaines de personnes incarcérées .Les leaders politiques arrêtés, doivent être libérés. Les camerounais doivent s’organiser eux-mêmes pour amener l’État à bouger .C’est ça qu’on appelle l’action citoyenne. C’est comme ça que ça se passe dans tout les pays du monde lorsqu’on est face à un État qui refuse de bouger. Nous ne devons pas perdre de vue que près de 2000 personnes sont déjà mortes dans cette crise. Plusieurs milliers de personnes sont en danger et en souffrance.

Redigé par: Eric Adjouda.

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