L’auteur du célèbre ouvrage intitulé «Accordée avec fraude», Jean Bruno Tagne, est en Europe depuis quelques temps dans le cadre d’une tournée de présentation et de promotion de son trosième livre. Dans ce chef-d’œuvre de 290 pages, le journaliste-écrivain, fait l’autopsie du processus électoral au Cameroun, d’Ahidjo à Biya, et se demande bien comment sortir du cycle des élections contestées.

L’ancien patron du desk politique du journal Le Jour, fait également le tour d’horizon des grandes questions de l’actualité camerounaise, notamment la crise dans les régions anglophones, crise post électorale et le double scrutin de février 2020.

Voici le film de l’arrestation de Maurice, (Extrait du livre de Jean Bruno Tagne « Accordée avec fraude)

Le 28 janvier 2019, alors que Maurice Kamto et ses principaux lieutenants sont toujours reclus depuis deux jours dans l’immense résidence d’Albert Dzongang à Douala, une rumeur fait le tour de la ville et devient virale dans les réseaux sociaux. On parle de l’interpellation du leader du Mrc. Très vite la foule accoure. Les militants, les conducteurs de moto-taxi et les curieux investissent le quartier déjà bouclé par un détachement impressionnant de forces de l’ordre armées jusqu’aux dents.

Un camion anti-émeutes bloque l’entrée de la résidence. Autour de 21h, des policiers font irruption au domicile d’Albert Dzongang. Ils sont déterminés à embarquer les cadres du Mrc qui occupent la résidence depuis quelques jours. Ils sont conduits par leur chef, le commissaire Raymond Essogo. Très nerveux, ce dernier ne quitte pas son téléphone et reçoit ses ordres d’un ministre auquel il semble niaisement dévoué. En témoignent les « Oui monsieur le ministre », « A vos ordres, monsieur le ministre », etc. qu’il donne obséquieusement à son correspondant au bout de la ligne.

Essogo est agressif et d’une brutalité que rien ne justifie. Il apostrophe tout le monde un peu n’importe comment, en tout cas sans façon. Personne n’a le droit de l’ouvrir pour apporter la moindre explication. Maurice Kamto, très calmement tente de faire comprendre au policier zélé que le mandat de perquisition qu’il brandit n’est pas un mandat d’amener. Les nerfs à fleur de peau et l’impolitesse chevillée au corps, le commissaire s’emporte. « Tais-toi ! Petit capacitaire ! Ne me perds pas le temps », éructe-t-il. Belle image de la police que celle que renvoie cet homme ce soir-là. La scène a été discrètement enregistrée par un témoin à l’aide de son téléphone portable et diffusée plus tard dans les réseaux sociaux.

Dans sa furie, Raymond Essogo interpelle indistinctement tout le monde. Il arrête tout ce qui bouge. Personne n’échappe ce soir-là à la rage d’Essogo. Employés de maison, membres de la famille Dzongang, visiteurs n’ayant rien à voir avec la politique, tout le monde est embarqué. Quant à Maurice Kamto et ses alliés Albert Dzongang et Christian Penda Ekoka, ils quittent la résidence menottés. Ils seront conduits cette même nuit à Yaoundé avec leurs menottes. Deux journalistes du quotidien Le Jour qui ont eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment n’échappent pas au coup de filet rageur du policier Essogo. Ils avaient accouru au domicile d’Albert Dzongang après avoir appris que les lieux avaient été investis par la police.

Le ministre de la Communication, René Sadi, au cours d’une interview accordée à Rfi, dira que Théodore Tchopa et David Fidèle Eyengue n’avaient rien à y faire. Ces propos du ministre de la Communication provoquent l’ire de nombreux journalistes qui ne comprennent pas qu’on puisse leur reprocher d’aller sur les lieux d’un événement pour mieux en rendre compte. René Emmanuel Sadi signe de manière tout à fait piteuse, sa prise de fonction à la Communication. Il a été porté à cette fonction le 4 janvier 2019 alors qu’il était jusque-là ministre chargé de missions à la présidence de la République. C’est un homme raffiné et élégant, diplomate de carrière et dans l’âme. Il fut un temps et probablement encore, le scribe du président Paul Biya qu’il connaît très bien.

Tous les deux ont servi sous le premier président de la République du Cameroun, Ahmadou Ahidjo. René Sadi avait déjà occupé beaucoup de hautes fonctions dont celle de directeur de l’école des cadres du parti unique de l’époque, l’Unc, avant d’être débauché par Biya auprès de l’ancien président, qui voulait continuer à bénéficier des services de cet homme de cabinet et de dossiers même après avoir quitté le pouvoir. La carrière de René Sadi a pris un coup lorsque, nommé secrétaire général du comité central du Rdpc, certains médias « mal intentionnés » le présentent comme le dauphin du président Biya. Dans un autre contexte, une telle chose eut été flatteuse. Mais au Cameroun de Paul Biya, il n’y a pas meilleur moyen de plomber l’ascension d’un homme politique appartenant au système que de le présenter comme un dauphin. Si on voulait le tuer qu’on ne procéderait pas autrement. Car, on sait Biya féroce lorsque son pouvoir est lorgné ou supposé l’être.

Dans le gouvernement de 4 janvier 2019, René Sadi semblait devoir occuper une importante fonction après son départ de l’Administration territoriale et son passage à la présidence de la République comme chargé de mission. Mais les choses ont changé au dernier moment et il a échoué au ministère de la Communication. C’est peu dire que René Sadi n’y est pas à sa place, lui le diplomate racé, qui ne goûte que très peu aux intrigues et autres querelles de cour. Comment donc cet homme dont le père fut employé au cabinet d’Aujoulat va-t-il pouvoir imprimer sa marque dans un ministère qui pendant longtemps a été occupé par le très volubile et bagarreur Issa Tchiroma Bakari ? C’est à cette tâche ingrate que va désormais s’occuper René Emmanuel Sadi, presqu’à son corps défendant : justifier l’injustifiable et pourquoi pas mentir pour servir un pouvoir avec lequel il chemine depuis ses débuts. Les premières sorties du nouveau ministre au sujet de la marche blanche du Mrc sont révélatrices…

Extrait de Jean-Bruno Tagne, Accordée avec fraude. De Ahidjo à Biya, comment sortir du cycle des élections contestées, Yaoundé, Ed Schabel, 2019, 290 P. Le livre est désormais disponible sur Amazon. amazon.com/dp/9956637548 amazon.fr/dp/9956637548 À Yaoundé chez peuples noirs et à Douala chez messapresse Akwa... Contact : 0605802937 

Redigé par: Eric Adjouda.

Proposer un article: +237 699 73 98 60

Articles du même auteur