Par Fotsing Nzodjou

Si certains ressortissants de l'ouest du Cameroun trouvent, avec ou sans raison, qu'il y a un "tribalisme anti bamiléké", alors Patrice Nganang et Jean de Dieu Momo sont les 2 personnages qui affichent clairement la manifestation de ce sentiment. Mais est-ce pour ces personnages de la scène politique camerounaise une approche louable ?

Dans son ouvrage: "aliénation culturelle et spirituelle des noirs", le Pr Jean Philippe Omutunde, au sujet du comportement des noirs face au racisme en Occident, nous parlait de la manifestation du conflit social en ces termes: _" le sujet confronté à la négrophobie sociale ambiante, choisi l’esquive. Il devient l’apôtre du métissage, de la mondialisation, de la vie en couple mixte. Pour lui, c’est la solution du problème du monde. Il a intégré l’hostilité de la conscience agressive mais refuse de l’affronter"._

Dans notre cas au Cameroun, Patrice Nganang et Jean de Dieu Momo pensent que les "Bamilékés" sont victimes du tribalisme, tout comme les noirs sont victimes du racisme. Mais les deux vont adopter différentes attitudes: l'un va jouer le rôle du nègre aliéné et l'autre du nègre éveillé. Si Omutunde nous invite à affronter l'hostilité de la conscience agressive, c'est par rapport à notre incapacité de pouvoir lutter contre ce que nous jugeons une insulte à nous. De ce point de vue, Patrice Nganang, pensant que les "Bamilékés" sont insultés par les Bulus, a décidé de combattre les "Bulus" et appelle même à leur massacre. Même si aucun "Bamiléké" ne l'a suivi, Nganang est certains de l'existence du tribalisme contre les "Bamilékés" et décide de le combattre. Pour lui, le problème du Cameroun est d'abord tribal et après politique puis économique. Pour lui, si le pays doit changer, les "Bulus" doivent d'abord laisser le pouvoir. Il affronte donc l'hostilité de la conscience agressive et refuse l'esquisse face à ce qu'il considère comme une haine contre sa communauté.

De son côté, Jean de Dieu Momo, croyant aussi au tribalisme contre les "Bamilékés" préfère choisir l'esquive. Tout comme ces noirs en Occident qui trouvent que le mariage mixte est la solution au racisme, alors que c'est une faiblesse face aux conflits sociaux, Jean de Dieu Momo pense que c'est en s'alignant derrière les "Bulus" que lui-même juge "anti bamilékés", qu'il va recevoir les faveurs de ceux-ci. Il s'engage donc à insulter les "Bamilékés" pour s'attirer l'amour des "Bulus". Ainsi, son rôle est de faire comprendre aux Bamilékés que si les Bulus sont méchants, c'est à cause de leurs comportements, tout comme ces noirs en Europe qui trouvent que le problème de la violence contre les noirs est dû au fait que le noir se comporte mal dans le monde moderne européen, et ainsi il se tient du côté des blancs pour avoir leur amour.

Alors, Patrice Nganang n'a pas pu obtenir un soulèvement populaire conduit par les Bamilékés comme il aurait souhaité. Il a pourtant passé 2 années à travailler activement sur cette question, mais aucun "Bamiléké" ne l'a suivi.

Jean de Dieu Momo quant-à lui est allé jusqu'à traiter les "Bamilékés" de juifs, mais aucun Bamiléké ne l'a rejeté et aucun "Bulu" ne l'a embrassé avec sincérité.

Nous pouvons ainsi conclure qu'en dépit de tous les sentiments de haine et des appels au meurtre venant de tout bord, le citoyen camerounais, quelque soit sa communauté pense encore que le problème de notre pays reste celui de la malgouvernance.

Jean de Dieu Momo, s'il veut se faire aimer, n'a pas besoin d'insulter une communauté, il doit juste travailler et présenter un bilan positif, le peuple saura juger.

Patrice Nganang, s'il veut un soulagement populaire contre le régime, doit juste appeler les camerounais à se lever et non demander aux "Bamilékés" de combattre les Bulus, personnes ne le fera.

En clair, les deux personnages publics ont exploité un mauvais filon politique en ce qu'il n'a porté aucun fruit. Mais la démarche de Nganang aurait pu porter ses fruits s'il s'était agit pour lui de dépasser la thèse du tribalisme pour davantage démontrer que tout le peuple camerounais souffre de mauvaise conditions d'existence et qu'il s'agit pour tout le monde de se soulever contre cet état de fait. Jean de Dieu Momo joue le rôle du nègre de maison et ne pourra sortir de son gouffre.

Ils ignorent que l'élites politiques Bulu n'est pas le représentant légitime du peuple Bulu, tout comme l'élites politiques Bamiléké n'est pas le représentant légitime du peuple Bamiléké.

Les deux grands tribus du pays sont les administrateurs corrompus et les administrés appauvris.

Le reste est que distraction et aliénation.

Fotsing Nzodjou.

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