L’ancien journaliste d’Equinoxe, Eric Kouamo commente l’interpellation d’Ernest Obama, et remet au goût du jour les rapports entre les journalistes et les patrons de presse

Ne tuez pas Ernest Obama 

A l’observation, l’attitude professionnelle de Ernest OBAMA ces dernières années laisse voir un exemple de loyauté éditoriale et professionnelle à l’égard de son employeur. Des missions stratégiques nationales et internationales, les téléspectateurs l’ont vu aux côtés de son patron. Ce niveau de privilège dans le très restreint cercle qui caractérise généralement les patrons de presse au Cameroun est un gage de confiance. Seul le professionnalisme ne suffit pas pour y arriver. Il faut au moins de la loyauté et de l’intégrité.

Ernest OBAMA décrit par certaines plumes comme un diplômé de la vraie école de la vie qu’est la souffrance aura sans doute tout donné pour réussir sa carrière, vivre pleinement son rêve de journaliste dont il s’est donné la peine d’apprendre avec assiduité les rudiments sur les bancs de l’ESSTIC, l’école de journalisme de l’université de Yaoundé II. Enfant issu de famille modeste, il a pratiqué la vente à la sauvette au réputé marché Mokolo de Yaoundé pour gagner dignement sa vie. Lorsqu’on a connu cette dure réalité sociale, on embrasse avec passion et aveuglement toute opportunité qui s’offre à soi et on y mouille le maillot pour mériter cette confiance. Eh oui ! Ernest OBAMA a mouillé le maillot. Cette simple séquence illustre combien il s’est battu pour devenir un ERNEST OBAMA national. Il aura probablement péché par une innocence en arborant des postures fâcheuses sur la vie nationale en s’érigeant en porte – voix des idéologies fâcheuses mais conformes à la ligne éditoriale de son média. Avait- il choix ?

Bon à savoir !

Lorsque Ernest Obama prend la parole sur la chaîne de télévision VISION 4, ce n'est pas l'individu qui parle. C’est le journaliste employé de VISION 4 qui s'exprime. De fait, sa posture s'inscrit dans la dynamique de l’intégrité éditoriale. C’est à dire l’alignement à la ligne éditoriale du média pour lequel il travaille. Et si de toutes ses sorties devenues parfois emprunts de calomnie, de dénie, de frasques son employeur ne l’a jamais renié par le moindre démenti, cela veut dire qu’il était au service d’une idéologie éditoriale avec la caution de son media employeur.

Observez !

A titre d’illustration, vous ne verrez pas, sinon rarement un journaliste de la télévision nationale critiquer une action du gouvernement sur son média employeur. Sinon, pourquoi des ex-journalistes du média national (crtv, Cameroun tribune) deviennent virulents seulement après une démission ou un exil pour ne citer que cet exemple. La notion du respect de la ligne éditoriale y est fondamentale. C’est à dire l'obligation de se conformer aux exigences idéologiques qui encadrent le media et la mise sur l'espace public des contenus par le canal de la diffusion à l'antenne. De fait, le media détient la responsabilité d’en assumer les dérives.

Au-delà des considérations et motivations souterraines qui nous échappent, Ernest OBAMA traîne sur ses épaules le mérite de la loyauté éditoriale à l'égard de son employeur. Il aura montré le visage « apparent ou non » d'un collaborateur soumis aux ordres de sa hiérarchie. C'est probablement cette énergie débordante qui a valu des discours fleuves parfois non contrôlés et jamais démenti par son employeur qui, par son silence y apposait son sceau. « Tuer Obama » au moyen d’une justice populaire sémantique et sémiologique dans l’espace public c’est aussi s’aveugler sur la responsabilité de son média.

Ce qui gène

Ce qui gêne dans ce cas de figure c'est entre autres, le caractère ubuesque de son interpellation. Une humiliation manifestement congénitale selon les pratiques antécédentes du même organe de presse. Le silence de la corporation sur ce cas, serait synonyme de complicité dans ce processus de mise aux enfers d’un journaliste et la plume qui l’a relaté, les voix qui l’ont porté au public resteront à jamais complices du supplice d’un confrère/collègue. Voici les raisons :

1.Ernest Obama est un directeur de rédaction. Et donc, occupe une fonction de gatekeeper qui lui confère le devoir et le pouvoir de veiller de manière scrupuleuse au respect de la ligne éditoriale. En de mots simples, si Ernest Obama avait été personnellement le commanditaire des reportages virulents emprunts d’humiliation sur David Eboutou, Patrick Sapack, George Baonla etc… Il n’aurait pas été exposé au même traitement médiatique en ce qu’il n’est plus en fonction. Les faits montrent bien que la nouvelle équipe (directeur général etc.) a cautionné ce mode opératoire par la validation et la diffusion d’un élément humiliant, pire encore, sur un collègue. Est-il exagéré d’en déduire que les ordres viennent d’en haut ou d’ailleurs… ?

2.De la crédibilité des patrons de presse. La cas OBAMA révèle la nécessité de questionner la crédibilité des rapports patrons de presse/proches collaborateurs dans les entreprises de presse au Cameroun. Il n’est pas toujours serein. Il est parfois à l’image d’un mariage dans lequel seul le couple détient la vérité de leurs souffrances conjugales. Des OBAMA il en existe aussi dans les médias au Cameroun. C’est-à-dire, ces hommes et femmes à qui le directoire éditorial confie de lourdes responsabilités dans l’espace public lorsqu’il faut défendre des postures difficiles, sont froissés et mis à la poubelle tel de torchons lorsqu’ils développent de fortes personnalités. Ceux-là ; ne défilent pas au journal télévisé de 20h, pieds nus encadrés de gendarmes. Ils sont simplement reniés comme Pierre renia JESUS.

Pierre renia donc JESUS !

Eric KOUAMO

Nuremberg le 19 Juin 2020

Redigé par: 237 Actu

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