Un petit déjeuner ça change la vie: Quand la diaspora africaine du Québec se mobilise pour le bien-être des enfants du continent

Un petit déjeuner ça change la vie: Quand la diaspora africaine du Québec se mobilise pour le bien-être des enfants du continent

Entrevue du PhiLab: Jean-Raymon Momo, Président du Club des petits déjeuners africains (CAPD).

Le Club des petits déjeuners africains (CAPD) est l’initiative d’un philanthrope de la diaspora africaine installé au Québec depuis 2000.

Jean-Raymon Momo d’origine camerounaise dit avoir été inspiré par son contexte d’accueil et tout particulièrement par le rôle des commissions scolaires dans l’organisation des cantines. Il a donc décidé de mobiliser les membres de sa communauté et de la diaspora pour améliorer les taux de scolarisation et le maintien des enfants à l’école par l’alimentation scolaire tout en contribuant au développement économique des femmes.

Lynda Rey: Comment définir le rôle et la mission de la Fondation CAPD ?

Jean-Raymon Momo: Notre mission est de promouvoir la santé et la scolarisation des enfants en Afrique en offrant des petits déjeuners riches et nutritifs en classe ainsique de contribuer à la création d’emplois des femmes œuvrant au fonctionnement des cantines scolaires à travers des projets solidaires co-créés avec les parents d’élèves.

Lynda Rey: Comment identifiez-vous les enjeux auxquels vous répondez ?

Jean-Raymon Momo: Selon le rapport 2018 sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde[1], l’Afrique est sans conteste la région où la prévalence de la sous-alimentation est la plus élevée avec un taux d’environ 20 %. Concrètement, cela signifie qu’un enfant sur cinq va à l’école le ventre vide. En effet, beaucoup de parents ne réussissent pas à subvenir aux besoins alimentaires de leurs enfants en processus de scolarisation. La plupart des enfants, dont les parents vivent en situation d’extrême pauvreté, finissent par manquer l’école ou sont tout simplement déscolarisés pour travailler avec leurs parents. Le taux d’absentéisme est d’autant plus important chez les jeunes filles. À long terme, cette situation nuit à l’éducation, à la santé et au développement économique des pays concernés. D’après une étude du Programme alimentaire mondial des Nations Unies(PAM), un dollar investi dans l’alimentation scolaire donne un gain de trois dollars.

Par ailleurs, la pauvreté touche particulièrement les femmes qui travaillent dans des conditions précaires, sont mal payées, et ont très peu de possibilités de génération de revenus et d’épanouissement à tous les niveaux.

Face à de tels enjeux, je crois fermement qu’investir dans l’alimentation scolaire va au-delà de nourrir des enfants. Il s’agit de contribuer à leur santé et à leur éducation. Alimenter un enfant en contexte scolaire, contribue au développement du capital humain à long terme et aide à briser le cercle vicieux de la pauvreté et de la faim. Nous visons également, qu’à travers nos projets solidaires, les femmes aient l’opportunité de générer des revenus en contribuant à l’alimentation de leurs enfants.

Comme on dit chez nous en Afrique, pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village !

Lynda Rey: Au cours des dernières années, quelles évolutions notables sont à mettre en lumière ?

Jean-Raymon Momo: Depuis sa création en 2010, le Club Africain des Petits Déjeuners a servi plus de 1 500 000 petits déjeunersau Cameroun, au Togo, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Ces projets ont été rendus possibles grâce à l’implication des parents d’élèves, à de généreux donateurs ainsi que par une entente de partenariat financier avec le gouvernement national de certains de ces pays.

La mise en place d’un service de petit-déjeuner dans une école procure de nombreux bienfaits, en plus d’offrir un petit-déjeuner riche et nutritif aux élèves. En effet, le service d’un petit-déjeuner coûte 20 ¢ (100 FCFA) et à ce prix offre aux élèves :

  • la possibilité de se développer à leur plein potentiel en les rendant plus disponibles aux apprentissages;
  • alimente le rêve et l’ambition de la réussite par l’éducation;
  • provoque un engouement certain pour la fréquentation scolaire;
  • met en valeur l’éducation;
  • permet l’amélioration des conditions de vie des familles par la création de projets solidaires.
Zone d’intervention (2018) Nombre d’enfants bénéficiaires Nombre d’emplois créés
École Primaire Publique de Kpedévikopé (Togo) 250 5
Centre d’encadrement des orphelins Maman

 

Fanny (Cameroun)

30  
École publique Nguéamatio (Cameroun) 240 2
École de réfugiés à Yaoundé (Cameroun) 75 2
Centre d’encadrement des orphelins Kanaan

 

Bonaberi (Cameroun)

40 2
Groupe scolaire BAD LONACI (Côte d’Ivoire) 50 1
École Berega SOSUCO (Burkina Faso) 120 3
TOTAL 850 15

 

Nous avons également mis en place une fiche signalétique pour collecter des données afin de faire un suivi sur la santé et sur la réussite scolaire des enfants desservis par le CAPD.

Lynda Rey: Comment le CAPD prend part à la perspective de transformation sociale en matière d’empowerment ? Quel est son rôle dans la chaîne des actions qui sont entreprises ?

Jean-Raymon Momo: Éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation !

Nous œuvrons de façon concrète à l’autonomisation des femmes. En effet, nos vis-à-vis sont les femmes qui offrent le petit déjeuner aux enfants. Nous développons avec elles le menu et elles soumettent leur budget. Le CAPD leur alloue le montant requis pour assurer le nombre de repas en fonction du nombre d’enfants à nourrir dans chaque école.

Elles reçoivent également une formation en matière d’hygiène alimentaire, d’organisation et de service des repas. Ainsi, elles sont outillées pour offrir un service nutritif, sain et de qualité. La sécurité alimentaire est ainsi assurée à travers nos actions.

Lynda Rey: Pourriez-vous nous parler du financement de la Fondation du CAPD ?

Jean-Raymon Momo: Le Club Africain des Petits Déjeuners mobilise les parents d’élèves, les entreprises locales, les gouvernements ainsi que les communautés africaines établis à l’étranger pour rendre possible la mise en œuvre du projet pour le bénéfice des écoles au sein des milieux défavorisés sur le continent africain.

Dans les faits, 90 % du financement est issu de fonds propres. Toutefois, il faut reconnaître que le CAPD a aussi bénéficié du soutien de donateurs privés. La réalisation sur le terrain est souvent le fruit d’un partenariat avec une association locale et des parents d’élèves, lesquels contribuent avec tout type d’apports non financiers sousla forme de temps, de dons de matériels, etc.

Ici, au Québec, nous bénéficions de l’engagement d’une quarantaine de volontaires qui nous accompagnent dans la mobilisation des ressources. Par ailleurs, l’ensemble des membres de notre conseil d’administration notamment Nadine Ouellet la Vice-Présidente et Doriene Ngouné, notre secrétaire générale, investissent de leur temps et leurs expertises pour faire des projets du CAPD un succès.

Notre bonheur à tous est de voir le soleil briller dans les yeux des enfants que nous servons.

On n’a pas besoins de grands sous pour changer le monde… mais cela ne permet pas de garantir la pérennité d’un projet. Pour traverser le temps, en plus d’être porteur de sens et de rallier tous les acteurs autour d’un objectif partagé, le programme CAPD, dans les différents pays où il est implanté, nécessite des partenaires fiables qui sont appelés à fournir un appui financier et/ou un appui logistique sur la durée. C’est l’un de nos défis les plus importants à relever.

Récemment, nous avons développé un partenariat avec le restaurant Ô Baobab,situé sur la rue Duluth. Pour chaque déjeuner acheté, le restaurant verse au CAPD 25 % du montant. C’est une contribution significative que nous saluons.

Lynda Rey: Épisode a récemment sorti son étude sur les tendances du marché philanthropique québécois. Une des conclusions est le potentiel grandissant en termes de dons chez les nouveaux arrivants. Qu’en pensez-vous ? Comment réagissez-vous à cette annonce ?

Jean-Raymon Momo: Certes, il existe un potentiel chez les nouveaux arrivants en matière de dons sur le marché philanthropique québécois. Mais en ce qui concerne mon expérience en la matière, il y a un réel défi quant à la mobilisation des ressources, en particulier dans la communauté africaine. Sans vouloir généraliser, j’ai fait le constat que les Africains et Africaines qui ont les moyens d’investir dans les projets solidaires semblent réticents-es à soutenir financièrement ce type de projets.

Cela pourrait éventuellement s’expliquer par un manque de confiance. Un projet comme le CAPD a dans ses débuts, reçu davantage de soutien financier de la part des autres communautés. Heureusement, les choses changent. Face aux résultats concrets que nous obtenons sur le terrain, les membres de la communauté africaine y croient de plus en plus et progressivement, et leur perception du projet change positivement. C’est quelque chose qu’il faut encourager. En tant qu’immigrant-e, on est à la fois acteur social au Québec et dans notre pays d’origine, dont les enjeux de développement sont nombreux et méritent aussi toute notre attention.

Lynda Rey: Autre chose que vous souhaiteriez ajouter ?

Jean-Raymon Momo: Peu importe là où nous nous trouvons, nous pouvons contribuer à transformer la vie des gens. Avec 1$ canadien, ce sont 4 petits déjeuners qui sont offerts aux enfants, sachant qu’il s’agit souvent de leur seul repas de la journée. Avec de petits dons nous sommes en mesure de faire une différence importante pour les élèves qui bénéficient de notre programme.

Nous pouvons tous apporter notre contribution à ce projet solidaire pour le bien-être des enfants, de leur éducation et de l’autonomisation des femmes au-delà de nos frontières!

Je vous remercie.

Redigé par: 237 Actu

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