Dans une lettre ouverte dont copie est parvenue à notre rédaction, Fayçal Hamadou Demaissala interpelle Maurice Kamto sur sa récente contestation du décret présidentiel convoquant le corps électoral. Il y voit une erreur stratégique qui pourrait semer le doute sur la volonté réelle du leader du MRC de participer à l’élection. Il appelle l’opposant à privilégier l’action politique sur le terrain plutôt que les recours juridiques.
Lettre ouverte à Monsieur Maurice Kamto
Président du MRC
Monsieur le Président,
J’ai toujours eu du respect pour votre engagement et votre personne. Je m’adresse à vous aujourd’hui, non pour alimenter une polémique stérile, mais par souci de clarté et par devoir de responsabilité citoyenne à un moment crucial pour notre pays.
Si vous vous rappelez, en juin 2016 à Paris en présence de votre représentant Europe, vous m’aviez proposé de prendre en charge la responsabilité du MRC en France. J’avais alors décliné cet honneur, non par manque d’intérêt mais par lucidité au regard de mes contraintes personnelles et professionnelles à cette époque.
Lors de cet échange, je m’étais néanmoins permis de vous soumettre quelques propositions stratégiques :
– Aller à la rencontre du Cameroun profond, particulièrement dans le Septentrion, à travers des actions sociales concrètes afin de dissiper la méfiance et améliorer l’image de votre mouvement.
– « Débamilékiser » l’image du MRC si vous me permettez ce néologisme, non pour renier vos soutiens naturels, mais pour élargir votre socle électoral et rassurer l’opinion nationale.
Ce jour-là, je vous avais remis un chèque de 1000 Euros (657 000 FCFA), un geste modeste mais sincère, qui n’appelait ni publicité ni reconnaissance, simplement le désir de contribuer à votre combat. Je mentionne ce détail aujourd’hui non pas pour me mettre en avant ni pour m’attirer les foudres d’éventuelles susceptibilités chez certains de vos militants, mais pour souligner que mes critiques actuelles s’inscrivent dans une démarche constante de sincérité constructive.
Monsieur le Président, c’est justement par respect pour votre intelligence politique que je vous dis avec franchise que vous venez, à mon sens, de commettre une erreur stratégique.
En introduisant votre recours contestant la régularité du corps électoral après la publication du décret présidentiel, vous semez la confusion à un moment où vos militants, ainsi qu’une large part de l’opinion, attendent clarté et détermination. Cette démarche laisse penser que vous ne souhaitez peut-être pas réellement vous engager dans l’élection présidentielle, ou pire encore, que vous préparez déjà une justification à un éventuel retrait ou à une future contestation.
L’immense majorité des Camerounais aspirent à un changement concret et immédiat, ils n’ont plus ni temps ni patience pour le juridisme. Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’un nouveau recours devant les tribunaux, mais de signes tangibles de courage, de préparation et d’une réelle volonté de gouverner autrement.
Votre argument juridique, aussi pertinent soit-il techniquement, n’aboutira pas car comme vous le savez le Conseil Constitutionnel ne vous donnera pas gain de cause sur le fond. Nous savons tous que, depuis des années, la pratique électorale au Cameroun valide implicitement des listes non publiées dans un format national consolidé, se contentant de leur affichage local et de fichiers informatisés.
Votre recours, bien que pertinent pour susciter un débat public, risque surtout d’instiller le doute chez vos propres militants et au sein de l’opinion. Comment justifierez-vous demain une candidature à une élection dont vous avez préalablement contesté la légalité ?
Vous offrez ainsi à vos adversaires politiques un argument facile : « Kamto ne veut pas d’élection ; il cherche la crise et le blocage ». Vous offrez aussi aux sceptiques un motif supplémentaire de douter de votre stratégie et de votre projet politique.
Monsieur le Président, permettez-moi donc de formuler cette suggestion. La véritable bataille ne se joue plus devant le Conseil Constitutionnel, mais bien sur le terrain politique. Le vrai combat se déroule désormais dans les cœurs, dans les esprits, et bien entendu, dans les urnes.
– Il faut convaincre les Camerounais non pas des irrégularités techniques, mais de votre capacité à rassembler, à gouverner et à réconcilier.
– Il faut démontrer clairement que votre vision inclut tous les Camerounais, du Sud au Septentrion, en passant par l’Ouest, le Littoral et l’Est et qu’au demeurant vous êtes prêts à former une coalition large et inclusive.
– Il faut rassurer, élargir votre audience, et incarner concrètement le leadership du changement, plutôt que de vous concentrer sur la dénonciation de vices de procédure.
C’est en citoyen engagé, conscient de mes responsabilités et des enjeux, mais avant tout respectueux de votre parcours et de votre engagement, que je vous adresse cette lettre. Ne semez plus le doute. Offrez plutôt l’espoir, la cohérence et la confiance dont les camerounais ont cruellement besoin.
Avec mes salutations distinguées.
FAYÇAL Hamadou Demaissala





