Quand Jean Pierre Bekolo parle d’un Cameroun vampirisé

Le cinéaste Jean-Pierre Bekolo décrit le Cameroun comme un « cadavre », vidé de sa substance par un système politique qu’il assimile à un vampirisme post-électoral.

Selon lui, les élections saignent le pays de ses ressources, détruisent les valeurs et laissent une population plongée dans la misère, le silence et le vide moral.

Il dénonce enfin un État-spectre qui continue à produire discours, signatures et rituels de pouvoir, alors que la nation, elle, serait déjà morte.

LES VAMPIRES

Le Cameroun est un cadavre. Après chaque élection, ce pays ressemble à un homme vidé de son sang par une sangsue géante. On organise des scrutins comme des opérations de guerre, on mobilise tout, on achète, on menace, on divise les ethnies, on corrompt la jeunesse, on dépense l’argent des routes et des hôpitaux dans des campagnes d’achats des esprits et des consciences .

Et puis après rien… le vide. Ce vide n’est rien d’autre que du vampirisme celui d’un corps qu’on vide  de son sang, d’un peuple qu’on vide de sa sève. Depuis que le vainqueur a été proclamé, il a donné à manger dans son palais rien… depuis, le Cameroun est un pays dans le coma. Même l’attente des nominations est un acte dé vampirisme. Pendant ce temps les routes sont des plaies ouvertes, les ordures sont des montagnes, les gens marchent comme des zombies sans  un sou dans la poche … la misère.

Les valeurs ? Écrasées. On a appris aux jeunes que le héros, c’est le tricheur. Que la réussite, c’est la corruption. Que la loyauté, c’est le tribalisme.

Et dans ce grand vide, cette immense fosse à ciel ouvert qu’est devenu le pays, quelques convocations à la gendarmerie circulent en catimini, on a oublié ceux qui ont disparu de peur de disparaître aussi… Un ministre sort, prend un micro, et il ose parler, il fait un discours sur « la paix », « l’unité », « le développement ». Il utilise les grands mots et concepts qui lui semblent à  lui-même étrangers , des phrases d’une administration qui ne sait plus quoi administrer. Mais à qui parle-t-il ? Il parle à des morts. À Anicet Ekane? Il parle à un pays qui n’existe plus, à un pays qu’ils ont déjà tué.

C’est ça, la vraie horreur. Ce n’est pas la répression , c’est ce silence qui vient après le grand bruit de ces 7 ans d’avant plus ces 7 ans de campagne de 2025 qui après laisse les camerounais dans le vide…. Pour 7 ans encore? Nous parlons de 7×3= 21 ans! Le plus douloureux c’est de voir que la machine de l’État tourne toujours, mais pour rien. Elle produit du papier, des communiqués, des inaugurations de projets fantômes. Et surtout donne 5 milliards au football et oublie de payer 2 milliards à l’Union Africaine pour continuer à avoir une voix dans le concert des nations. Elle organise des cérémonies où la seule chose qu’on fait c’est qu’on danse … la première dame danse , les ministres dansent , les affamés aussi dansent …avec eux. La danse des vampires.

Ils ont vampirisés le passé dont on ne sait plus rien, ils vampirisent le présent. Ils ont déjà vampirisé l’avenir. Ils ont aspiré l’espoir, l’énergie, la fierté. Tout.

Le Cameroun aujourd’hui, c’est cela : une grande maison pillée, dont les voleurs sont restés à l’intérieur et font semblant d’être les propriétaires.

Ce qui se joue ici, c’est la persistance d’une machinerie gouvernementale qui fonctionne en roue libre, sans prise sur le réel, et sans prise sur elle-même, mais dont les textes et les protocoles continuent à être émis, comme des messages lancés dans le vide. L’autorité,  la quelle ? Celle des hautes instructions étant morte , la signature scannée qui a désormais plusieurs versions et dont chaque clan semble être en possession d’une… on ne signe plus pour décréter, ni même pour gouverner, mais simplement pour affirmer sa propre existence, pour combler par le bruit administratif le silence d’un contrat social brisé.

Le Cameroun est dans un état de post-gouvernance : les structures sont là, les titres et les signatures aussi, mais elles ne recouvrent plus qu’un désert social, économique et moral. Chaque allocution officielle dans ce contexte sonne comme une parodie – non par intention, mais par déconnexion radicale. Le pouvoir administre des fantômes, légifère sur des ruines, et félicite une nation qui n’est plus qu’un souvenir.

Cette situation produit une violence particulière : celle de nier l’effondrement vécu par la population, de traiter la détresse comme un désordre passager, et d’imposer le langage de la normalité à l’anormalité devenue quotidienne. C’est un pays qui est sommé de jouer le rôle du pays, alors qu’il n’en a plus les moyens ni l’âme.

Ainsi, le Cameroun contemporain pourrait être décrit comme un État-spectre qui hante ses propres citoyens, un système qui continue à mimer la souveraineté alors que sa légitimité s’est évaporée dans les épreuves répétées, les promesses non tenues et l’épuisement généralisé. La vie continue, mais quelle vie ? Atanga Nji aboie les camerounais passent. Nous vivons une tragédie, celle du vide, celle du décalage entre le rituel du pouvoir et l’effondrement d’une administration sans nation et d’un pouvoir sans peuple. Les vampires !

Le courrier du cameroun

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