Si leur succès vous irrite, essayez d’y voir un signe d’espoir

Depuis la publication d’un livre consacré au parcours du couple Mbienou, les réseaux sociaux se sont transformés en tribunal populaire. Attaques personnelles, moqueries, suspicions… Certains jeunes n’ont pas hésité à jeter le discrédit sur ces deux figures montantes de l’entrepreneuriat africain. Mais au fond, pourquoi un tel déchaînement de haine ? Pourquoi l’Afrique, et en particulier sa jeunesse, semble-t-elle incapable d’applaudir la réussite sans chercher à la salir ?

D’abord, une incompréhension fondamentale de la réussite

À entendre certains commentaires, il faudrait absolument figurer sur Wikipédia ou dans Forbes pour être reconnu comme entrepreneur. Un raisonnement bancal, voire grotesque. La majorité des entrepreneurs africains à succès parfois milliardaires ne disposent d’aucune biographie officielle en ligne. La notoriété numérique n’est pas le mètre étalon du mérite. Ce qui compte, ce n’est pas la visibilité, mais la valeur créée.

Ensuite, une critique paresseuse et anecdotique

Certains se permettent de juger l’entreprise de Muriel Mbienou, Najal Beauté, sur la base de quelques mésaventures personnelles  ( encore qu’il faut savoir s’il y a vraiment eu ces mésaventures …) . Est-ce là le sérieux qu’on attend d’une analyse économique ? Généraliser un cas isolé pour décrédibiliser toute une entreprise est non seulement malhonnête, mais révélateur d’un refus de reconnaître l’effort.

Oui, Najal a connu des ratés, comme toute entreprise en phase de croissance. Mais c’est précisément cela, l’entrepreneuriat : oser, tester, corriger, recommencer. Ce que beaucoup de ces critiques n’ont jamais osé faire eux-mêmes.

Par ailleurs, Steven Mbienou n’est pas un illusionniste

Il n’a pas hérité d’un empire. Il n’est pas une créature médiatique sans fond. Il est Area Manager Afrique de OneXBet, une multinationale du secteur technologique et du e-gaming. Faut-il rappeler que ce poste implique la supervision de plusieurs marchés africains , la coordination d’équipes régionales et la conduite de stratégies à fort impact dans 20 pays de notre continent ? Encore une fois, ceux qui n’ont jamais dirigé un projet au-delà d’un groupe WhatsApp où d’une page Facebook ne peuvent en mesurer la portée.

Ses autres initiatives start-up tech, agence marketing, projet télévisuel ont leur importance qui est visible : il entreprend. Et cela, dans un pays où beaucoup préfèrent critiquer plutôt que construire.

De plus, il faut poser la bonne question : pourquoi cela dérange-t-il autant ?

Le succès du couple Mbienou dérange précisément parce qu’il sort du moule habituel. Ce sont de jeunes Africains, autonomes, visibles, audacieux. Ils n’ont pas attendu la bénédiction d’un “grand-frère influent”où d’un marché juteux de l’administration… Ils n’ont pas quémandé les applaudissements. Ils travaillent, échouent parfois, mais surtout persévèrent.

Et c’est bien cela qui gêne : leur liberté. Car dans une société habituée à glorifier l’humiliation, l’autonomie fait peur.

Enfin, l’Afrique ne progressera pas sans changer de regard sur ses bâtisseurs

On ne peut pas réclamer la réussite et détruire ceux qui y parviennent. On ne peut pas pleurer le chômage et moquer ceux qui créent de l’emploi. Et surtout, on ne peut pas prétendre aimer l’Afrique si l’on hait autant ceux qui essaient de la faire briller.

Ce couple qu’on le veuille ou pas est utile, actif, inspirant. Et au lieu de demander des preuves qu’on ne veut de toute façon pas croire, il serait peut-être temps de reconnaître qu’eux aussi écrivent une page de l’histoire entrepreneuriale africaine.

Alors, plutôt que de pointer du doigt ceux qui essaient, interrogeons-nous sur ce que nous, collectivement, faisons pour faire avancer ce continent. La réussite des autres ne devrait pas être un affront. Elle devrait être un signal que tout est encore possible.

 

Bruno BIDJANG

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