Dans cette sortie,l’universitaire revient sur certains temps fort de l’environnement actuel du pays.
Les Lions Indomptables éliminés ? Champagne ! On célèbre la défaite comme une victoire, parce qu’au fond, c’est plus reposant de perdre. Moins de tension, moins d’espoir, moins de sueur. Le pays est fatigué de gagner. Il préfère l’échec tranquille, celui qui ne dérange pas, celui qui permet de dormir sans rêve.
À Bamenda, le Nonce Apostolique revient de Rome, mais trébuche en prononçant dans la Cathédrale le nom du président de la République. Le peuple chahute, le peuple murmure et le Nonce bafouille, il hésite, il se corrige. Il est Nonce au Cameroun, dit-il, mais aussi en Guinée Équatoriale — au cas où le peuple de Dieu l’aurait oublié. On ne sait jamais. Dans ce pays, même les diplomates ont le vertige.
Et à Kribi, le fils du sous-préfet est retrouvé pendu dans les jardins de la résidence. Silence radio. Pas de communiqué, pas de marche blanche, pas même un soupir. On a dépassé le stade de l’indignation. On est entré dans l’ère du « ça peut arriver à tout le monde ». L’empathie est morte, enterrée sans fleurs ni couronnes. Ici, on ne pleure plus. On scroll.
Car dans un pays gouverné par des pervers, les citoyens deviennent des statues. Ils ne ressentent plus rien. Ils s’habituent. Ils s’adaptent. Ils deviennent eux-mêmes des pervers narcissiques, obsédés par leur image, leur pouvoir, leur petit royaume de misère. Le Cameroun est devenu un théâtre d’ombres, où chacun joue à être vivant.
Et pendant ce temps, le gouvernement se fait attendre. On parle de consultations, de tractations, de dosages ethniques et de calculs tribaux. On veut un gouvernement qui rassure, qui équilibre, qui apaise. Mais ce qu’il faut, c’est un gouvernement qui gouverne. Un gouvernement qui ose dire que le pays est en feu, que les enfants se pendent, que les footballeurs pleurent, que les diplomates bégayent, que les citoyens s’éteignent.
Mais non. On préfère attendre. Attendre que le président parle. Attendre qu’il respire. Attendre qu’il désigne, qu’il tranche, qu’il distribue les postes comme des bonbons à des enfants capricieux. Et pendant qu’on attend, le Cameroun coule. Lentement. Silencieusement. Tragiquement.
Alors oui, il faut un gouvernement. Pas demain. Pas après-demain. Maintenant. Un gouvernement qui ne soit pas une brocante de fidélités, mais une urgence de dignité. Un gouvernement qui ne se contente pas de survivre, mais qui ose vivre. Car le pays n’a plus le luxe de l’attente. Il a besoin d’un sursaut. D’un cri. D’un acte. Sinon, bientôt, il ne restera plus rien à gouverner. Juste des ruines. Et des souvenirs.





