Spiritualité Basa’a : L’appel de MBOMBOG MINYEM MI SONG MINYEM

Cette vision devrait se matérialiser dans des projets pilotes qui se concrétiseraient dans :
  1. Le projet de rédaction de l’ouvrage « génocide et mémoire »
  2. Le projet d’un musée-panthéon Bassa-Bati-Mpôô
  3. Le projet de développement de l’université Ruben Um Nyobe

J’entends vous faire savoir que de mon point de vue, tous ces projets font sens et s’inscrivent dans une dynamique de transmission transgénérationnelle du savoir que les Bambombok et patriarches de nos contrées Basa’a doivent encourager, voire porter pour perpétuer la mémoire de notre peuple et la force de notre spiritualité.

DE L’IMPORTANCE DE L’HISTOIRE

Voyez-vous, l’histoire est primordiale à la connaissance de l’identité de l’être et la mémoire perpétue la connaissance, le savoir, les mythes et légendes qui densifient la nature d’un individu sur cette terre. Certes, comme le disent des sociologues, « l’être humain est à la fois unique et porteur de culture ».

Ce qui signifie que tout peuple a une histoire. Il ne suffit donc pas simplement d’en prendre acte, mais d’en avoir la pleine conscience afin d’alimenter la mémoire. Car une histoire peut être falsifiée et celle de l’Africain l’a été mille fois par ceux qui la narraient à leur place, pendant des siècles. La mémoire quant à elle est le carburant qui permet à l’histoire de prospérer et d’inspirer les hommes. Les peuples les plus glorieux de la terre, depuis l’Antiquité sont ceux qui ont su transformer leur histoire en force motrice capable d’alimenter la flamme de leur expansion et de leur progrès.

Dans des temps plus contemporains, les pays asiatiques et particulièrement la Chine qui s’est réveillée dans les années 70, avec Deng Xiao Ping, ont appris de leur histoire à la fin du XIXe siècle (notamment à la suite des humiliations subies par les traités inégaux consécutifs aux guerres de l’opium). Ils s’en sont servis comme des catalyseurs d’unité et de fierté nationale. Aujourd’hui, la Chine est la 2e puissance économique du monde (la première en Parité Pouvoir d’Achat) et elle n’a pas renié sa tradition, au contraire. Le Taoïsme et le Bouddhisme n’y sont pas pour rien car sans spiritualité, un peuple n’a ni substrat conceptuel qui légitime sa perception du monde, ni direction pour entériner la concrétisation de son existence véritable.

DE L’ÉCRITURE D’UN OUVRAGE AFIN DE PERPÉTUER LA MÉMOIRE COLLECTIVE

Les gardiens de la tradition que nous sommes avons le devoir de perpétuer cette mémoire au travers d’ouvrages, préoccupation qui s’inscrit dans le prolongement de votre premier projet. Cependant, vous l’orientez vers l’écriture d’un ouvrage sur le génocide Bassa et l’impériosité d’une mémoire ardente qui pourrait servir d’idéologie à notre peuple. Je m’explique.

Il ne s’agit pas d’écrire un ouvrage, mais des centaines, voire des milliers sur plusieurs générations pour incruster notre propre vision de notre histoire, pour narrer notre perception du monde à travers les époques, pour expliquer notre spiritualité, c’est-à-dire notre vision à la fois cosmogonique et cosmologique du monde. De nombreux ouvrages existent déjà dont les miens, et d’autres sont rédigés pour ceux qui prennent la peine de les lire, je ne les rappellerai donc pas ici. Mais d’autres suivront, dont les miens aussi, puisque je suis toujours en perpétuelle rédaction d’ouvrages. La question centrale est : Qui serait le porteur d’un tel projet ? Qui le financerait ? Et comment s’organiserait la direction d’une telle œuvre universitaire ?

D’autres ethnies du Cameroun ont aussi savamment alimenté cette histoire au point de la vanter comme des référents culturels légitimant leur spécificité anthropologique. Le peuple Basa‘a a le devoir d’alimenter sa mémoire. Il ne s’agit pas de concurrence mémorielle ni d’échelle comparative, mais d’analyse différentielle dans la transformation positive d’un drame commun en opportunité de synergie. Le peuple Basa’a n’a pas réussi à transformer son génocide en une force. Au contraire, les Basa’a ont plutôt alimenté des foyers de sectarisme intracommunautaire entre ceux qui étaient pour Ruben Um Nyobe et les autres appelés « Dikokon » notamment par le Mpodol lui-même dans ses écrits sous maquis. Cette scission s’est poursuivie par ceux qui tendancieusement ont postulé et alimenté l’idée d’un traître en la personne de notre patriarche Mayi Matip Ma Ndombol, générant par le fait un clivage partisan au sein même de notre communauté. Dans cette configuration de belligérance, il est souvent très difficile de fédérer les irrédentismes qui se sédimentent et deviennent des postulats au fil du temps, faute pour les intellectuels d’avoir réussi à éclairer le peuple.
POUR CE QUI EST DE LA CONSTRUCTION D’UN PANTHÉON-MUSÉE BMB : PLAIDOYER POUR LE MBOG

Le deuxième volet de vos propositions porte sur le projet de création d’un musée-panthéon Bassa Bati Mpôo.  L’idée est très séduisante sur le papier, mais notre peuple n’a pas cette culture communautariste qui nous singulariserait en nous fédérant. En d’autres termes, contrairement aux autres ethnies qui ont su développer des principautés, des royautés et autres sultanats au Cameroun, le peuple Basa’a a plutôt une organisation de type démo-anarchique, c’est-à-dire que nous faisons partie des peuples qui ont plusieurs guides.

La difficulté d’une telle œuvre est aussi liée aux bicéphalismes consécutifs à la mise en place des chefferies dites traditionnelles par une loi de 1977 qui n’a jamais été amendée dans le fond (si non par un léger toilettage en 2013 à des fins de fragmentation des cellules de bases). Ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est que les chefferies qui dans le peuple Basa’a sont des excroissances administratives, des auxiliaires de l’administration, sont venues se substituer à une organisation de type traditionnel légitimée par la culture ancestrale dont le Mbombok fut le garant. Cette confusion des genres ne facilite pas le développement d’une proximité idéologique entre les chefs inféodés à l’administration et les Mbombok, autorités légitimées par la tradition.

En effet, pour qu’un tel musée puisse voir le jour, nous devons d’abord restaurer l’autorité traditionnelle. Ce qui signifie que le MBOG doit devenir le socle spirituel anthropologique de notre peuple, COMME AVANT ! Sans cette condition préalable et non négociable, nulle fédération ne se fera. LE PEUPLE BASA’A NE POURRA DÉVELOPPER DES PROJETS ENSEMBLE QUE LORSQUE LES BASA’A REGARDERONT TOUS VERS LA MÊME DIRECTION, C’EST-À-DIRE VERS LEUR SPIRITUALITÉ ORIGINELLE. Ce qui signifie donc revenir aux fondamentaux qui font qu’on se reconnaît en tant qu’un seul peuple. Or, aujourd’hui les conditions ne sont pas réunies, ici aussi pour plusieurs raisons :

  • Les Basa’a ont tourné le dos à leur tradition
  • Beaucoup de guides (BAMBOMBOK) qui devaient incarner cette pureté du sang et de la loi universelle, cette exigence du sceau et ces valeurs morales se sont dévoyés et se sont compromis : QUAND LES GUIDES DEVIENNENT CORROMPUS, LE PEUPLE LES EXÈCRE
  • Le Basa’a perdu s’est mis à copier toutes les cultures au point de perdre sa propre identité

En conséquence,

Pour changer cela, il faut une nouvelle race de SEIGNEURS, une nouvelle alliance avec le peuple et une trajectoire qui nous ramène aux fondamentaux de notre spiritualité !

Toutefois, le projet de musée est une excellente idée à laquelle je ne puis que souscrire puisque je suis en pleine construction du MBAY MBOG NKODA NTOÑ dont l’inauguration aura lieu dans 2 mois à BOGSO, si les ancêtres et Hilôlômbi  me prêtent vie et vous y êtes personnellement invité comme tous les Mbombog Nkoda Ntoñ, puisque ce sera notre MBAY MBOG. Je ne le construis pas par besoin d’ostentation, mais parce que c’est mon devoir et si je le fais, c’est que Hilôolômbi m’en a donné les moyens et l’opportunité qui s’inscrivent dans la continuité de son œuvre. Que les ancêtres sont remerciés !

Ce MBAY MBOG n’est qu’une étape, mais que j’espère décisive vers l’édification de ce musée panthéon que vous appelez de vos vœux. Lorsqu’un jour prochain les Basa’a se verront comme un peuple, alors ils construiront une œuvre non plus individuelle telle que la mienne, mais bien une construction collective dont nous aurons été les précurseurs à notre époque : C’EST CELA LA TRANSMISSION GÉNÉRATIONNELLE DE L’HISTOIRE À TRAVERS LA MÉMOIRE, MAIS SURTOUT DES ACTES FORTS.

Voilà mon humble avis quant à la requête qui a été formulée à l’adresse des Babombok, personnages politiques centraux du peuple Basa’a et figures tutélaires de toute l’organisation anthropologique de notre peuple.

Avec mes salutations confraternelles,

MBOMBOG MINYEM MI SONG MINYEM

Nlémlè Nkuu Matén Ma Njèè

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