Déclaration une nouvelle déclaration publiée ce lundi 17 novembre, Issa Tchiroma Bakary appelle à la résistance pacifique et à l’unité face aux tentatives de confiscation du vote populaire.
Le président élu Issa Tchiroma s’exprime :
RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN
Présidence Élue de la République
Yaoundé, le 17 novembre 2025
Le Président-élu de la République
LETTRE À LA NATION
Camerounaises, Camerounais,
Mes chers compatriotes,
Nous traversons une de ces heures où une nation se regarde dans le miroir de son
histoire. Une heure où les cicatrices du passé se rouvrent, non pour raviver les douleurs,
mais pour rappeler à chacun d’où nous venons.
Nous vivons un temps d’épreuve. Un temps où voter devient un acte de bravoure.
Un temps où dire la vérité est considéré comme une menace. Un temps où l’on
emprisonne les citoyens pour avoir exprimé un choix, et où l’on couronne un silence
maquillé en victoire.
Et pourtant, vous tenez bon. Vous tenez bon comme l’ont fait les pionniers de la liberté.
Ceux-là même qui, dans les années 40 et 50, ont défié les puissances coloniales au nom
de notre souveraineté. Je pense à Ruben Um Nyobè, à Félix-Roland Moumié, à Ernest
Ouandié.
Ils ont payé de leur vie le rêve d’un Cameroun libre. Ce rêve, vous venez de le réveiller.
Vous avez parlé. Et l’histoire vous a entendus.
Le 12 octobre 2025, vous avez déposé vos bulletins comme on dépose une pierre
blanche sur le chemin du destin. Vous avez choisi. En pleine conscience. Sans violence.
Sans haine. Et ce choix, une faction de l’appareil d’État tente de le confisquer.
Mais votre décision est irréversible. La vérité des urnes ne se gomme pas par décret.
Elle vit en vous, dans vos yeux, dans vos pas, dans votre silence obstiné.
Je ne suis pas l’opposant d’un régime finissant. Je suis le serviteur d’un peuple souverain.
Ce que nous vivons est une répétition de l’histoire.
1955 : l’UPC gagne dans les urnes, elle est interdite dans la rue. Ses leaders sont traqués.
Le peuple est frappé. La répression devient doctrine. Mais le vent de la liberté, une fois
levé, ne s’est jamais couché.
1990 : les villes s’embrasent à la recherche du multipartisme. Les manifestations sont
matées. Des centaines de morts. Mais les partis sont légalisés. Le peuple recouvre un
droit élémentaire : s’exprimer.
1992 : un nouveau rendez-vous manqué avec l’histoire. Lors de la première présidentielle
pluraliste, le peuple porte massivement John Fru Ndi. Les résultats officiels sont
contestés partout dans le pays. Des accusations de fraude, d’intimidation et de
manipulation électorale se multiplient. Ce fut le premier « hold-up démocratique » de
l’ère pluripartite. Un moment où l’espérance populaire a été saisie à la gorge. Un
avertissement qui préfigurait les dérives à venir.
2018 : la bataille pour la transparence électorale franchit un cap décisif. Maurice Kamto,
contestant courageusement les résultats, paye le prix fort d’une confrontation frontale
avec l’appareil d’État. Sa mise à l’écart progressive n’était pas seulement une manœuvre
politique : elle fut un signal envoyé à tout futur candidat susceptible d’incarner
l’alternative. Une alerte, un précédent, un avertissement sur ce que le régime était prêt à
faire pour rester au pouvoir.
2025 : un président est élu. La Constitution est violée. Les urnes sont foulées au pied.
Mais cette fois, c’est différent. Car l’histoire n’est plus un cycle. Elle est une ligne qui
avance. Elle ne reviendra pas en arrière.
Notre situation actuelle : une prise d’otage électorale. Les institutions ont été
militarisées. Le Conseil constitutionnel s’est renié. L’ELECAM est sous tutelle. Le pouvoir
réel n’est plus dans les lois, mais dans les armes. La parole du peuple a été remplacée
par un faux serment, prononcé sans honneur devant un peuple qui s’est détourné.
Des jeunes sont détenus sans procès. Des mères cherchent leurs fils dans les morgues.
Des opposants meurent à petit feu dans des centres d’interrogatoire. Et pendant ce
temps, on prétend que la démocratie se porte bien. Ils ont érigé la peur en politique. Ils
ont construit des murs autour du mensonge. Mais les murs s’effritent déjà. Et la vérité
approche.
Notre ligne : calme, discipline, non-violence. Je vous demande de résister, oui. Mais de
résister avec grandeur. Ne tombez pas dans le piège de la violence. C’est leur terrain, leur
langage, leur passé. Le nôtre est celui de la justice, de la lumière, du courage pacifique.
Restez unis. Dans les quartiers. Dans les familles. Dans les églises et les mosquées.
Dans la diaspora et dans les villages. Le pouvoir est entre vos mains. Il ne vous sera plus
jamais arraché.
Appel à la communauté internationale.
Je n’appelle pas à l’ingérence. Mais j’en appelle à la conscience. Le peuple camerounais
demande qu’on respecte son vote. Rien de plus. Rien de moins.
Je pense à vous tous. Aux jeunes de Tsinga. Aux mères de Yaoundé. Aux enfants de
Bafoussam. Aux pêcheurs de Kribi. Aux étudiants de Maroua. À vous qui avez marché,
voté, espéré. Vous êtes la nation. Vous êtes la source du pouvoir. Et c’est à vous qu’il
revient.
Ils pensent nous fatiguer. Ils pensent que l’histoire se plie à la force. Mais l’histoire ne
cède pas. Elle avance. Et elle porte désormais un nom : peuple camerounais.
Camerounaises, Camerounais, chers compatriotes,
Je vous le dis, comme un fils de ce pays, comme un père, comme un serviteur :
Aucune force n’efface une victoire obtenue avec le cœur. Aucun décret ne fait taire une
voix portée par des millions. Aucune armée ne résiste à un peuple qui se met en marche.
L’heure vient. Elle approche. Et quand elle sonnera, ce ne sera pas la mienne. Ce sera la
vôtre. Que Dieu bénisse nos morts. Qu’il soutienne nos prisonniers. Qu’il veille sur notre
peuple. Et qu’il protège le Cameroun, notre patrie commune.
Issa Tchiroma Bakary
Président-élu de la République du Cameroun



