Tensions PAD/SGS : l’homme au cœur de la situation…

Dans cette analyse, le journaliste  Albin Michel Njilo jette un regard sur celui qui est  actuellement au centre des grands projets structurants au Cameroun : Louis Paul Motaze.

Le 1er mai 2006, le Cameroun obtient le graal : le pays sort enfin de l’initiative PPTE et peut reprendre en main son économie, prise en otage par les mesures d’ajustement. Sur la table du président Paul Biya, un panel de projets structurants en attente de financement. Pendant ce temps, quelque part en Asie, la Chine, devenue la première puissance financière au monde, lançait une offensive en Afrique avec pour pivot central le Cameroun.

Le 30 janvier 2007, le président chinois Hu Jintao débarquait au Cameroun. Même dans les pays occidentaux, il faisait à peine un jour et demi. Le président chinois a passé trois jours au Cameroun. C’était inédit. La Chine avait le cash ; elle était prête à arroser le Cameroun pour en faire le symbole de la coopération Chine-Afrique, comme l’Angola et l’Éthiopie, au regard des avantages comparatifs du Cameroun.

Pour mieux tirer profit de cette coopération Chine-Cameroun, le président Paul Biya a créé un ministère spécial pour piloter tous les projets : le MINEPAT. Le président voulait la réussite de ses projets qui transformeraient la qualité de vie de tous les Camerounais. Et pour piloter le MINEPAT, il avait nommé celui que Jeune Afrique a toujours présenté comme étant le neveu du président ayant grandi au palais : Louis Paul Motaze

Nommé ministre de l’Économie, poste créé en septembre 2007, le ministre Motaze va insérer les projets des grandes ambitions dans un document plus large appelé le DSCE (Document stratégique pour la croissance et l’emploi). Dévoilé à la veille de l’élection présidentielle de 2011, le DSCE sera piloté d’une main de fer par le ministre des Finances qui, lorsqu’il a été renvoyé au Secrétariat général du Premier ministre, a emporté avec lui tous ces projets qui, à 70 %, étaient financés par la Chine. C’est l’actuel ministre qui a orienté tous les choix d’investissement du pays. Au moment du déroulement de ce programme, la dette extérieure du Cameroun était de 900 milliards de FCFA.

Six ans plus tard, elle était de 12 000 milliards de FCFA. Tout cet argent a été injecté dans les projets pilotés par le ministre Motaze, qui cumulait entre autres les fonctions de : Ministre, président du comité de pilotage du projet hydroélectrique de Lom Pangar, dans la région de l’Est. Pour 247 milliards de FCFA, afin de produire 6 milliards de m³ d’eau et régler les problèmes d’étiage, le barrage n’a fourni que 3 milliards de m³, d’où les délestages continus dix ans après.

Président du comité de pilotage du port de Kribi, qui jusqu’à aujourd’hui, après 15 ans, compte à peine cinq usines. Il était président du comité de pilotage du projet de fer de Mbalam, avec une convention signée en 2012 ; président du comité de pilotage d’Hydromekin qui, pour 10 MW, a coûté plus de 115 milliards de FCFA. Cumulativement à ces fonctions, il était président du comité de pilotage du projet de télévision numérique CAMDTV ; il pilotait le projet d’usine des tracteurs d’Ebolowa, l’usine de manioc de Sangmélima, l’usine de poulets de Bafang.

En 2015 déjà, face aux critiques d’économistes de renom et à la promesse de croissance à deux chiffres jamais réalisée, Paul Biya réoriente le DSCE et lance le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance Économique (PLANUT 2015-2017), évalué à 925 milliards de FCFA, une fois de plus piloté par Motaze, revenu au MINEPAT. La plus grande curiosité, c’est que dans un plan d’urgence de trois ans, on a vu le ministre insérer la construction d’un barrage à Bini, alors que la seule durée d’une étude de faisabilité d’une telle infrastructure prendrait au moins trois ans. Pourtant, tout à côté, Lagdo attend 100 milliards de FCFA pour doubler sa capacité actuelle.

Rappelons au passage que la quasi-totalité de ces projets étaient soit des éléphants blancs, soit des projets non matures devenus des gouffres financiers.

La conséquence a été directe : le Cameroun, qui s’était battu durant dix ans pour sortir de l’ajustement imposé par le FMI, s’est vu contraint de reprendre le contrôle de son économie sous-programme.

Corruption, incompétence…

En 2017, c’est face aux députés que les Camerounais apprennent qu’Eximbank, le gros bras financier, venait de blacklister le pays dans le financement des projets. Il ne fera même pas partie de la délégation conduite par le chef de l’État en Chine en 2018 (exclu selon certaines sources de la liste par Xi Jinping, en pleine guerre contre la corruption dans son pays).

De retour de Chine, Paul Biya l’envoie aux Finances pour, selon nos sources, rembourser les dettes et trouver des financements ailleurs pour les projets abandonnés par les Chinois. Patron des lignes 94 et 65, il devait faire le choix entre relancer la transformation économique interne ou endetter davantage le pays.

Le choix de la facilité a été vite fait : il peut désormais se consoler en disant que la dette est soutenable, malgré les alertes de tous les partenaires du Cameroun.

15 ans après le démarrage des grands projets, le Cameroun qui avait tout l’argent nécessaire pour exploser économiquement comme l’Éthiopie, l’Angola …négocie son 4e programme avec le FMI.

 

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