L’observateur de l’espace politique du cameroun Ousmanou Magadji, à travers cette communication fait une lecture infraliminale de la transmission de pouvoir au Cameroun.
Approche psychosociologique de la politique en Afrique centrale
Dans plusieurs de mes publications, inscrites dans une démarche psychosociologique, j’ai mis en évidence certaines dynamiques culturelles et politiques propres aux sociétés d’Afrique centrale. On peut observer que le Peul est perçu comme privilégiant l’assimilation et la patience, tandis que le Bantou valorise davantage la consanguinité et l’impulsivité.
L’exemple historique du Cameroun illustre ces contrastes : Ahmadou Ahidjo, un peul, céda le pouvoir à Paul Biya, qui n’est peul mais loin de là un Bulu de l’extrême-sud dans une logique de promotion de l’intégration nationale, espérant que ce geste serait reproduit ultérieurement par Biya, lequel à son tour fera l’effort de poursuivre son exemple en léguant le pouvoir à un non Béti. Toutefois, l’évolution politique du pays montre que la dynamique de succession s’est inscrite dans une logique plus communautaire, marquée par le tribalisme institutionnalisé et la concentration du pouvoir au sein d’un groupe ethnique restreint : les Bétis.
Cette situation soulève une interrogation majeure : la capacité des dirigeants à dépasser les appartenances ethniques pour favoriser une véritable intégration nationale. La difficulté de la démocratie à s’enraciner en Afrique centrale, région majoritairement peuplée de Bantous, semble relever de facteurs anthropologiques et historiques.
L’exemple camerounais, avec un premier président non-Bantou, peut être interprété comme une singularité ayant permis d’éviter, au moins dans un premier temps, une reproduction immédiate des logiques tribales. À l’inverse, d’autres pays de la région illustrent une tendance à la succession dynastique : Omar Bongo au Gabon a transmis le pouvoir à son fils, Obiang Nguema en Guinée équatoriale prépare également une succession familiale, et une dynamique similaire apparaît au Congo-Brazzaville.
Ces observations invitent à une réflexion plus large sur les conditions de possibilité d’une démocratie véritable en Afrique centrale, et sur le rôle des héritages culturels dans la structuration des pratiques politiques.
Revenons sur le cas Camerounais
Bien sûr, certains érudits de la forêt diront que Biya a dupé Ahidjo. Laissez-moi rire ! Quand on voit la situation actuelle du Cameroun, on sait ce que vaut réellement la supériorité intellectuelle de nous autres Bétis. Tribalisme institutionnalisé, division et haine tribale politisée pour garder le pouvoir et mieux régner, mauvaise gouvernance, gabegie, jouissance des dirigeants sur le dos du peuple croulant sous la misère la plus abjecte, embourgeoisement perfide de l’élite militaire et administrative etc. Et on veut nous faire savoir que c’est une preuve de supériorité intellectuelle et de ruse politique des esprits élevés et instruits de nous les Bétis !
Ahidjo a cédé le pouvoir de bonne foi en son âme et conscience dans l’idée de promouvoir l’Intégration Nationale, espérant que Biya agirait de la même manière le moment venu. Hélas, l’instinct bantou a pris le dessus et Biya s’est entouré aussitôt de nous autres ses frères Bétis.
On peut accuser Ahidjo d’avoir péché par méconnaissance de l’instinct grégaire béti, jamais par manque d’intelligence, de lucidité raisonnable et de volonté réelle de laisser le Cameroun entre de bonnes mains : sa confiance s’est donc portée sur Biya. Ne perdons pas notre temps avec ce que mon Oncle Biya s’est empressé de faire et qui a transformé le Cameroun en enfer politique qu’il est maintenant.
Je me revendique avec autorité Béti et aime à dire ceci : “ Quand tu as un plan avec un béti, privilégie toujours le plan B, car l’homme béti préfère toujours son frère en fin de compte, quitte à te trahir et mettre un pays dans des situations difficiles “. C’est ce que nous subissons avec mon crépusculaire et vénérable Oncle Biya qui s’est entouré des siens aussitôt qu’il a eu gracieusement le pouvoir.
La question est donc : Biya aura-t-il la lucidité d’esprit, la clairvoyance progressiste et la grandeur républicaine de faire comme Ahidjo, en encourageant la transmission du pouvoir à quelqu’un d’autre qui ne soit pas un congénère ? Cela relève d’un compte de fées. Biya, du haut de ses 93 ans et l’état mental naturel de quelqu’un de son âge est dans sa tête un chef de village Bétis. C’est à nous les Bétis que portera son choix politique le plus primitif pour lui succéder. On verra bien pour le reste après. Vous autres Camerounais Non-Bétis allez devoir encore nous supporter ou subir l’après Biya.
Moi je suis tranquille et ne me fais pas d’illusions sur ce point. Je réfléchis en intégrant ces vérités biologiques dans mes réflexions pour un Cameroun qui doit avancer et triompher de tous les maux qui minent son progrès, donc le tribalisme et la domination de nous autres Bétis dans l’appareil étatique, l’administration et l’armée. L’évolution du Cameroun dépend de nous les Bétis et de notre laborieuse capacité à triompher de nos instincts anthropologiques communautaristes. Assia seulement pour les autres, comme on le dit communément. Après Biya, c’est les Biya !
Yaoundé, dimanche 21 décembre 2021
Ousmanou Magadji
NB : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale de 237actu.com





