Un collectif d’intellectuels appellent Paul Biya à quitter le pouvoir

À quelques mois de la présidentielle 2025, un collectif de 32 intellectuels appelle Paul Biya à renoncer à une nouvelle candidature pour « entrer dans l’histoire ».

Ce collectif lui propose d’incarner la transition démocratique, plutôt que de perpétuer un pouvoir de 43 ans marqué par les crises, la corruption et la fracture nationale.

Selon eux, ce geste de sagesse permettrait de réconcilier le Cameroun avec lui-même et de refonder durablement la République.

 

« POUR L’HISTOIRE, POUR LE CAMEROUN, MONSIEUR PAUL BIYA, RENONCEZ À OCTOBRE 2025

Monsieur le Président,

Depuis que vous avez pris les rênes de cette nation en 1982, le Cameroun a connu des transformations profondes. Aujourd’hui, après 43 ans de magistère présidentiel, le pays que vous avez tant servi se trouve face à un choix existentiel. Octobre 2025 ne doit pas être un simple rendez-vous électoral de plus, mais va pouvoir devenir la date fondatrice d’un nouveau Cameroun, si vous décidez d’en être l’architecte plutôt que le candidat.

Nous ne venons point exiger votre départ du pouvoir, mais vous exhorter à en accomplir pleinement la noblesse en permettant sa transmission harmonieuse. Votre renoncement volontaire à cette élection va incarner un acte de haute sagesse politique, démontrant ainsi que l’intérêt national transcende les ambitions personnelles. Par ce geste historique, vous offririez à l’Afrique entière une leçon magistrale de démocratie, brisant définitivement le cycle stérile des présidences perpétuelles. Ce choix courageux va sceller un geste de réconciliation authentique envers les communautés anglophones, la diaspora, l’ecclésiastique et toutes les forces vives de la nation, restaurant ainsi l’unité sacrée du pays.

Le testament politique d’un bâtisseur

Monsieur le Président, envisagez la stature historique que vous pourriez incarner : en garantissant personnellement une transition d’une transparence exemplaire et inclusive, vous inscririez votre nom au panthéon des fondateurs visionnaires. En parrainant un dialogue national véritable, libre de toute exclusive, vous scelleriez la renaissance du contrat social. En supervisant l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants, vous offririez à la nation son plus précieux héritage. En devenant le garant intransigeant des institutions renouvelées, vous édifieriez les piliers immuables d’une démocratie pérenne.

Un pays à reconstruire

Les constats documentés dessinent un paysage implacable : l’« Opération Épervier », déployée dans les années 2000 sous l’étendard de l’anticorruption, n’a engendré qu’une traque sélective de personnalités politiques, vidant son combat de toute substance morale.

L’effondrement des infrastructures vitales, eau potable et électricité en tête, paralyse quotidiennement des régions entières, abandonnées à leur délabrement. Les deniers publics, pillés avec une impudence systémique, asphyxient méthodiquement hôpitaux, écoles et réseaux routiers, privant la nation de son souffle essentiel. Dans l’ombre, une oligarchie inamovible tisse son empire sur l’armée, les richesses économiques et les rouages de l’État, tandis que le conflit anglophone a déjà englouti 6 000 vies et forcé la fermeture de 80% des écoles dans les zones martyres. Ce naufrage collectif se cristallise en chiffres insoutenables : 30% de la jeunesse croupit dans le chômage, et le pays sombre au 142e rang mondial de l’indice de corruption.

Une jeunesse vibrant d’intelligence et d’audace»

Pourtant, l’espérance camerounaise refuse de s’éteindre : une jeunesse vibrant d’intelligence et d’audace entrepreneuriale incarne la force vive d’une renaissance possible. Le territoire regorge de ressources naturelles prodigieuses, trésors inexploités qui pourraient irriguer l’avenir. Son positionnement géostratégique unique, au carrefour de l’Afrique, lui offre les clés d’un destin continental. Autant de semences précieuses pour reconstruire l’édifice national.

Lorsque vous déclariez devant l’Assemblée Nationale en 1987 : « La retraite ne saurait constituer une sanction ; elle couronne au contraire le parcours accompli », vos mots résonnent aujourd’hui avec une prescience troublante. Près de quatre décennies plus tard, ce principe devient le miroir dans lequel se reflète votre décision actuelle. Ce droit au repos ne saurait être un renoncement, mais constitue bien une transition méritée vers une existence paisible, digne et considérée.

Une transition qui reconnaît pleinement le rôle précieux que vous continuerez de jouer en tant que personne ressource, dépositaire d’une expérience unique au service du bien commun.

Un choix historique s’offre à vous :

D’un côté, une huitième candidature consécutive va risquer d’enfermer le Cameroun dans un cycle de polémiques et de fractures sociales, compromettant l’unité nationale pour des générations. De l’autre, vous allez avoir l’occasion sublime d’incarner la renaissance du Cameroun en transmettant volontairement le flambeau à l’heure décisive. Ce geste va graver votre nom parmi les bâtisseurs de paix, transformant votre retraite en apothéose politique.

Ainsi se dessine la perspective du couronnement de votre œuvre d’homme d’État : un départ solennel, où s’accomplirait enfin, sous vos auspices, la promesse visionnaire de 1987.

Monsieur le Président,

L’œil de l’Histoire est braqué sur vous. Votre peuple retient son souffle. La jeunesse camerounaise, muette d’espérance, tend vers vous ses mains invisibles.

En renonçant à octobre 2025, vous n’allez pas abdiquer le pouvoir, vous allez l’accomplir dans sa transcendance ultime. Vous ne quitteriez pas la scène politique, vous allez y sculpter une éternité de marbre : celle de l’homme qui offrit au Cameroun de pacifier ses déchirures, de réconcilier dans une étreinte fraternelle ses enfants dispersés, et de prendre place au concert des nations émergentes, tel un phare sur le continent.

Yaoundé, 07 juillet 2025.

Le Collectif d’Intellectuels Patriotes (Le CIPA-CAM) :

Baba WAME (Journaliste – Universitaire), Stéphane AKOA (Journaliste – Universitaire), MOHAMADOU (Avocat), Alain BOUTCHANG (Universitaire – Consultant), HAMIDOU HAMASSEO (Médecin), Michèle NDOCKI (Avocate), AMINOU Mal Adji (Universitaire), Éric CHINJE (Journaliste-Société civile), Aïssatou MOUSSA (Société civile), Jean-Pierre BEKOLO (Cinéaste – Société civile), André FIRISSOU KAKOU (Enseignant), Albert Roland AMOUGOU (Universitaire – Consultant), Lamissa ADORLAC (Journaliste), Alice NKOM (Avocate), Paul SAMANGASSOU (Consultant), Étienne DAFOGO (Société civile), Hama HABIBOU (Politologue), Boris SOUOP KAMGA (Universitaire), KARAMOKO Souleymane (Société civile), Leopold NZEUSSEU (Consultant – Écrivain), Aimé SADOU (Communicateur), Jean-Baptiste HOMSI (Écrivain), Yerima HALILOU (Leader d’opinion), Yaya HAMADJODA (Société civile), Aboubakar HAMADOU (Société civile, SG Voix du paysan), Nouhou MOUSSA (Homme d’affaires), Hassana TCHIROMA (Société civile), Emmanuel SIMH (Avocat), Anthony YAOUKE (Activiste – Écrivain), Innocent Blaise YOUDA (Journaliste), Bernard WANGSI (Journaliste – Consultant), HAMAN MANA (Journaliste – Écrivain).

 

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