Vincent-Sosthène Fouda en mode exhortation populaire

L’universitaire estime que le peuple ne  doit plus  se contenter d’aller s’endetter chez des boutiquiers politiques pour une pincée de sel ou un litre de pétrole.

Voici son analyse :

Le Cameroun est prisonnier d’un système politique hérité d’un moment charnière de l’histoire mondiale : la capitulation de l’Allemagne en 1918. C’est à cette date que la France, par le biais du mandat de la Société des Nations, s’empare du Cameroun, amorçant une domination coloniale qui, malgré l’indépendance formelle de 1960, n’a jamais véritablement cessé. Ce système, consolidé en 1958, repose sur une photocratie ubuesque : une gouvernance fondée sur l’image, la façade, le simulacre démocratique.

Célestin Djamen, Olivier Bile, et tant d’autres sont les visages d’une génération sacrifiée. Non pas parce qu’ils ont échoué, mais parce qu’ils ont été broyés par une mécanique qui ne tolère ni dissidence réelle ni alternative crédible. Leurs parcours illustrent la manière dont le système recycle les espoirs pour mieux les neutraliser.

En 2018, NKOU MVONDO invente le système Yango — une forme de location de parti politique — pour permettre à Cabral Libii de se présenter à la présidentielle. Ce bricolage institutionnel, loin d’être une innovation démocratique, a servi à accompagner le système régnant dans sa stratégie d’absorption des forces contestataires. Et nous avons tous été complices, par notre silence ou notre résignation.

Achille Mbembe, intellectuel respecté, choisit de s’inscrire dans le Yango de Macron lors du sommet Afrique-France. Ce geste, loin d’être anodin, participe à la perpétuation du système néocolonial qui nous écrase depuis que la France a pris le relais de l’Allemagne au Cameroun après la Première Guerre mondiale.

Aujourd’hui, celles et ceux qui appellent à une candidature unique de l’opposition refusent, en réalité, d’être les acteurs de leur propre destin. Ludovic Lado et d’autres têtes bien faites, brillantes et lucides, préfèrent rester en retrait, commenter, analyser — mais n’osent pas franchir le pas de l’engagement direct. Ce refus d’entrer dans l’arène politique, malgré une conscience aiguë des enjeux, est une forme de confort intellectuel qui ne peut plus suffire. Le peuple n’a pas besoin de spectateurs éclairés, il a besoin de combattants.

Le 12 octobre 2025, nous avons une opportunité historique : élire un président sous contrôle du peuple. Mais cela ne suffira pas. Il faudra conquérir les législatives et les municipales pour reprendre le contrôle de notre destin.

Pour cela, il ne faut pas un leader. Il faut un peuple. Un peuple qui ne se contente plus d’aller s’endetter chez des boutiquiers politiques pour une pincée de sel ou un litre de pétrole. Un peuple qui refuse la servitude volontaire et qui choisit l’indépendance, non comme un slogan, mais comme un projet.

Le Cameroun doit se libérer. C’est maintenant — ou dans un siècle.

NB : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale de 237actu.com

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