Le politologue estime que la pauvreté qui frappe le Cameroun n’est « pas une fatalité, elle est organisé »
« c’est cela, le principe de péréquation : mettre en commun les ressources dans une assiette fiscale nationale, et en redistribuer les fruits selon les urgences sociales, les inégalités territoriales, les fractures historiques ».
« Depuis plus de quatre décennies, notre quotidien est rythmé par des mots qui sonnent comme des injonctions : rigueur, moralisation, résilience, conjoncture internationale, ajustement structurel. Ces termes, répétés à l’envi par les élites politiques et économiques, ont servi à anesthésier notre mémoire collective. Ils ont été les instruments d’une pédagogie de la résignation, nous faisant croire que notre pays n’a pas les moyens de s’occuper de ses enfants. Pourtant, ce pays regorge de richesses, de talents, de ressources. Ce qui lui manque, ce n’est pas la capacité, mais la volonté politique de faire justice.
Nos populations ne réclament pas des privilèges. Elles ne demandent pas l’impossible. Elles exigent simplement ce qui leur revient de droit : la justice sociale. Une redistribution équitable des ressources, fondée non sur le favoritisme ou le clientélisme, mais sur les besoins réels des uns et des autres. C’est cela, le principe de péréquation : mettre en commun les ressources dans une assiette fiscale nationale, et en redistribuer les fruits selon les urgences sociales, les inégalités territoriales, les fractures historiques.
Mais que voyons-nous ? Une minorité accapare les privilèges, les postes, les exonérations, les passe-droits. Pendant ce temps, une immense majorité croupit dans la misère, l’exclusion, la précarité. Les écoles tombent en ruine, les hôpitaux manquent de tout, les jeunes fuient faute d’avenir. Et l’on nous répète que “la conjoncture est difficile”, que “les caisses sont vides”, que “nous devons faire preuve de résilience”. Non. Ce discours est une imposture.
La vérité, c’est que la pauvreté est organisée. Elle est le produit d’un système qui préfère protéger les rentes que réparer les injustices. Elle est le fruit d’un modèle économique qui sacrifie le social sur l’autel de la croissance abstraite. Elle est la conséquence d’un pouvoir qui a oublié que gouverner, c’est servir — et non se servir.
Il est temps de dire stop.
Il est temps de réveiller les consciences.
Il est temps de reconstruire un pacte social fondé sur la dignité, la solidarité, et l’équité.
La justice sociale n’est pas une utopie. Elle est une exigence. Elle est le socle de toute démocratie véritable. Et elle commence par un acte simple : refuser l’inacceptable ».





