Visite papale : Charles Armel Mbatchou s’interroge

Selon le programme officiel publié, une cérémonie devrait être organisée à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen pour recevoir le souverain pontife. Paradoxalement, il s’avère qu’il n’est mentionné nulle part le président de la République Paul Biya. Dans cette sortie, l’ancien chroniqueur à Equinoxe tv estime que cela n’est pas anodin.

« Mon fils,

Il y a des absences qui parlent plus fort que les discours. Celle du chef de l’État camerounais à l’arrivée de Pape Léon XIV à Yaoundé, le 15 avril 2026, en fait incontestablement partie.

À la lecture du programme officiel de cette visite apostolique au Cameroun, un fait saute aux yeux : le pape, chef spirituel de plus d’un milliard de fidèles, sera accueilli sans la présence du président de la République.

Sans la présence de pa’a Paul Biya

Une cérémonie de bienvenue est bien prévue à l’aéroport international de Nsimalen, mais le chef de l’État n’y figure pas. Il n’apparaît qu’ensuite, pour une visite de courtoisie au Palais de l’Unité.

Ce choix n’est pas anodin. Il est politique. Il est symbolique. Et surtout, il est révélateur.

Dans toutes les grandes traditions diplomatiques, l’accueil d’un souverain pontife constitue un moment fort, souvent réservé aux plus hautes autorités de l’État. C’est un geste de respect, mais aussi un signal envoyé à la communauté nationale et internationale. En se soustrayant à cet instant, le pouvoir camerounais donne l’impression d’un protocole inversé, d’une hiérarchie des priorités brouillée, voire d’un désengagement assumé.

Faut-il y voir une simple question d’agenda ? L’argument est difficile à soutenir. Un tel événement ne s’improvise pas. Il se prépare des mois à l’avance. Chaque minute du programme est calibrée. L’absence du président à l’accueil ne peut donc être ni un oubli, ni un accident.

Alors la question s’impose, brutale : le chef de l’État est-il encore en capacité d’assumer pleinement les exigences de sa fonction ?

L’hypothèse de l’épuisement lié à l’âge, que beaucoup murmurent sans oser l’affronter, mérite d’être posée frontalement. Gouverner un pays comme le Cameroun exige une présence constante, une vigilance de tous les instants, une capacité à incarner l’État dans ses moments clés.

Or, l’image renvoyée ici est celle d’un pouvoir en retrait, presque en effacement.

Et pendant ce temps, le programme du pape est d’une densité remarquable : rencontres avec les autorités, la société civile, les évêques, déplacement à Bamenda pour un message de paix, messe à Douala, visite d’un hôpital, échange avec le monde universitaire. Une cadence soutenue, un engagement visible, une volonté d’aller au contact des réalités du pays.

Le contraste est saisissant.

D’un côté, un leader religieux de stature mondiale qui multiplie les gestes, les déplacements, les prises de parole. De l’autre, un pouvoir politique qui semble calculer ses apparitions, éviter certains moments, se contenter du minimum protocolaire.

Ce décalage pose une question plus large : qui incarne encore l’énergie, la proximité et la vision dans ce pays ?

Refuser d’interroger cette situation serait une faute. Car au-delà d’un simple protocole, c’est la crédibilité de l’État qui est en jeu. Un chef d’État ne choisit pas ses symboles au hasard. Et lorsqu’il en évite un aussi fort que le pape, il doit en assumer les interprétations. Le Cameroun mérite de la clarté. Pas des silences. Pas des absences »

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