Dans une tribune, le journaliste assure que les trois anciens ministres de l’« opposition radicale » sont dans un jeu de dupes.
« L’ALLIANCE BELLO-KAMTO-TCHIROMA EST LOGIQUE
Les transfuges (?) du régime de Yaoundé se caractérisent par une manière commune de penser la rencontre entre les Camerounais : le régionalisme.
Les trois ministres de l’« opposition radicale » à Paul Biya – excusez l’oxymore – en apportent tous les jours la preuve.
J’entends par régionalisme la puissance symbolique que l’on attache à la région d’origine des individus et qui leur donnerait des avantages naturels sur les autres.
On croit ou on feint de croire qu’être de telle région ou de telle autre suffit pour revendiquer la gestion du pays tout entier. Cette croyance ne contamine pas tous les ressortissants de ladite région ; encore faut-il être désigné « élite » par une sorte de naturalisation de naissance ou d’intelligence.
Maurice Kamto a de tout temps oublié de parler de son programme politique pour expliquer qu’il n’a pas été élu président de la République parce qu’il n’est pas Bulu ou plus précisément parce qu’il est Bamileke.
La même facilité argumentative est à la base du mouvement qui prétend qu’il existe un grand nord intrinsèque qui doit reprendre Etoudi.
Peu importe qu’on traîne des casseroles aussi bruyantes que celles que traînent Issa Tchiroma et Bello Bouba, sitôt qu’on vient de ces terres bénies, tout est dû. Évidemment, c’est déraisonnable.
On retrouve donc ce cher Kamto qui en réfère aux « dignes fils du nord » un peu comme il aurait pu en référer aux « moutons du nord » en d’autres circonstances.
Le marqueur régionaliste est ainsi : il est manipulatoire.
Il reste au service d’un agenda de puissance d’un segment qui cherche des alliés ou plus concrètement des ennemis qu’il se fabrique dans le but de constituer un bloc interne cohérent.
Autrement dit, la solidarité régionaliste est surtout la solidarité contre.
On ne pense jamais là-bas en termes de projet commun aux fins de construire un ensemble où les uns et les autres se complètent par les apports de chacun ; il n’y a d’espace public ici que pour la polémique, la bagarre et la guerre.
C’est le régime des faux-semblant où chacun pense que l’autre est idiot et qu’on peut manipuler ses faiblesses perçues.
Je le dis plus directement.
L’alliance Bello-Kamto-Tchiroma est un jeu de dupe régionaliste où la règle est l’instrumentalisation des clichés tribalistes des uns et des autres.
À ce jeu, Tchiroma et Kamto sont des maîtres. Il n’y a qu’à voir comment Tchiroma s’est débarrassé de Jeanne Nsoga pour comprendre de quoi il s’agit.
C’est aussi à l’aune de cette règle d’inclusion exclusive – toujours l’oxymore – qu’il faudrait lire les développements actuels autour d’un axe Nord/Ouest portés par le glacis communautariste naguère actif au sein du MRC.
L’ensemble fait un tout cohérent qui rattache ces ministres-opposants à l’actuelle gouvernance du Cameroun vis-à-vis de laquelle ils n’ont jamais émis de critique theorique fondamentale.
Bello Bouba Maïgari, Maurice Kamto et Issa Tchiroma Bakary pensent exactement le Cameroun comme Paul Biya : un gâteau à partager, entendu que la plus grosse part doit revenir au plus fourbe ».
William Bayiha





