Yaoundé: le RDPC confisque le défilé du 20 mai

Le parti au pouvoir a littéralement fait main basse sur la célébration de la fête de l’unité nationale à Yaoundé, le 20 mai 2019 dernier dans le siège des institutions, au grand dam du vivre-ensemble tant scandé par les pouvoirs publics.

Plus de 21 carrés, en plus de ceux réservés aux organes spécialisés du parti au pouvoir, contre un seul carré pour chacun des autres partis politiques défilant dans la capitale ! Qui plus est, sensiblement une dizaine. Selon des sources, ils étaient plus de 6 000 militants du Rdpc, tandis que ceux des autres partis politiques cumulés frôlaient le millier.

Qu’est-ce qui pouvait bien justifier cette écrasante domination du parti au pouvoir lors du défilé des partis politiques à Yaoundé ? Dans l’opinion, de même que dans les chaumières, c’est l’image forte du défilé civil organisé au boulevard du 20 mai à Yaoundé, devant le chef de l’Etat, père de la nation.

Pour certains observateurs, l’écrasante présence du Rdpc frisait carrément l’arrogance, eu égard au contexte ambiant, dont le discours officiel prône l’apaisement, la réconciliation et le pardon, selon les derniers messages tweetés par le chef de l’Etat, ces derniers temps. « Ils ont fait fort. Ce n’est pas parce qu’ils contrôlent toutes les institutions étatiques qu’ils devraient s’accaparer la fête de toute la nation », s’est indigné un sociologue, assistant à la parade, qui n’en finissait plus de compter les défilants du « parti du flambeau ardent ».

S’il est loisible de constater que les partis politiques de proue de l’opposition à savoir le Sdf, le Mrc voire le Cpp, ont opté de boycotter les manifestations de cette 47è édition de la fête nationale de l’unité, pour des raisons qui leur sont propres, force est de constater que de nombreux partis s’offusquent de ne pas avoir été retenus pour la participation à cette commémoration. C’est le cas, notamment du Pcrn - le Parti camerounais pour la Réconciliation nationale, dont Cabral Libii vient de prendre les rênes au terme d’un congrès extraordinaire à Guidiguis, le 11 mai dernier.

Dans un post qui fait le tour des réseaux sociaux depuis la semaine dernière, la porte-parole du nouveau président s’offusque des manœuvres des sous-préfets qui ont cru devoir refuser la participation du Pcrn à cette célébration de l’unité nationale, alors que Cabral Libii n’avait de cesse de rappeler sur ses comptes que c’est quand l‘unité nationale est le plus menacée qu’il y a urgence à la défendre.

Réinventer le vivre-ensemble

A se demander si le 20 mai est effectivement la fête de l’unité nationale ! Des esprits retors vont plus loin pour faire remarquer la même « discrimination » parmi les convives du couple présidentiel, à l’occasion de la réception offerte au Palais de l’unité dans la soirée du 20 mai. Parmi eux, pour la plupart, des têtes couronnées du système et même du parti au pouvoir.

La même remarque est faite au sujet du choix des bénéficiaires des médailles, dont certains s’interrogent sur les critères, toujours abstraits, de la sélection des récipiendaires. Dans ce contexte, difficile pour de nombreux Camerounais de se satisfaire de la façon dont l’intégration nationale est actuellement menée.

A écouter de nombreux observateurs, réinventer le vivre ensemble au Cameroun sera le fil d’Ariane du dialogue inclusif que le chef de l’Etat a décidé d’ouvrir au sujet de la crise dite anglophone. Et peut-être ferait-on alors l’économie des frustrations telles que celles générées par l’organisation de la 47è édition de la fête nationale de l’unité, en permettant au plus grand nombre de prendre part à la plus grande fête républicaine du Cameroun.

 

Journal Sans Détour