Ousmanou Magadji, observateur de la scène politique au Cameroun questionne avec un certain regret ce qu’est devenu le philosophe camerounais.
Il y a des philosophes au Cameroun autant qu’il y a des Peuls musclés, gras et ventrus : ils sont frelatés et corrompus, emplis d’immoralité et crapuleux, sans honneur ni dignité.
Bref, nos philosophes sont des adipeux lourdauds, bourrés de graisses philosophiques saturées qui suintent grassement d’un esprit privé de toute élévation et de tout sacerdoce philosophique authentique et bohème. Du toc à l’état pur, asséché de tout entendement philosophique ascétique et vertueux ; un esprit philosophique caverneux, et par conséquent bruyant, souffrant d’une sévère « diplômite ».
Le Cameroun n’a jamais eu de philosophe au sens premier et biologique du terme. Ceux qui se font appeler philosophes dans le pays d’Ebenezer Njoh Mouellé ne sont que de vulgaires techniciens en philosophie, dont les plus inspirés produisent des guides schématiques bien cadrés. Ce sont des technocrates de la pensée qui ont l’outrecuidance de se prendre pour des philosophes.
Les « philosophes » camerounais fabriquent des penseurs à la chaîne, dont l’unique objectif est de devenir des philosophes-fonctionnaires. Flanqués de leur étiquette de professeurs, ils distillent leur art avec la même ardeur qu’un dévoué enseignant en plomberie forme des jeunes apprentis, dont la seule ambition sera d’exercer un métier d’utilité sanitaire.
Au sujet de ces philosophes, une question me surgit à l’esprit : si les plombiers sont utiles à la santé et excellents dans l’art de confiner nos excréments pour ne pas nuire à notre odorat et santé, ce qui est hautement noble, à quoi servent les philosophes-fonctionnaires camerounais ?
Citez-moi un seul philosophe camerounais d’utilité publique qui ne serve pas sa « cause ventrale » et n’excelle pas dans des fanfaronnades apprises par cœur et réfrigérées dans son cerveau. Certains sont d’éminents politiques, d’autres sont mus par des instincts tribaux. Le philosophe camerounais est, à la base, un fonctionnaire ambitieux et cupide, ce qui constitue une atteinte à son intégrité philosophique.
Nous avons une caste de penseurs soumis aux exigences alimentaires du fonctionnaire en quête de grades et de nominations. Ce ne sont que des gourdes, de simples transmetteurs techniques de l’art philosophique dans son expression la plus professionnelle, et par conséquent, dépourvue de toute créativité.
Or, on n’est jamais « professionnel » en philosophie. Il est insensé de se prévaloir d’un tel titre, car la philosophie n’est pas une compétence que l’on acquiert sur les bancs grâce au dévouement d’un enseignant, mais une vocation quasi innée qui a ses exigences. Il n’y a pas de conscience professionnelle en philosophie, mais un esprit, une âme et une attitude de philosophe champêtre, peut-être même crasseux et exotique !
Vous pourriez avoir eu pour enseignant Aristote ou Socrate lui-même, que cela ne ferait pas de vous un bon philosophe au sens originel du terme. Vous seriez, au mieux, un philosophard sans distinction, un vulgaire répétiteur des écrits d’autrui.
Être philosophe est un état d’âme, une disposition de l’esprit à une conformation du corps aux aléas biologiques et existentiels. La philosophie pure ne peut éclore d’un esprit de fonctionnaire ambitieux, d’un tribaliste insidieux ou d’un politicien égoïste, usurpateur de l’âme philosophique.
Soweto, Garoua, le 15 février 2023
Ousmanou Magadji
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