Visite papale : « à Bamenda, le Pape a livré une homélie de combat »

Dans cette sortie de l’universitaire Vincent  Sosthène Fouda, il revient sur les différents angles de l’homélie du Pape à Bamenda.
1.      Le réel comme point de départ : la blessure mise à nu

Le Pape ouvre son homélie par la douleur, non par la doctrine.

Il cite « toute la douleur qui a submergé votre communauté » — une manière de rappeler que la paix n’est pas un slogan mais une cicatrice.  Cette méthode, profondément ignatienne, refuse l’abstraction. Elle oblige à regarder la violence en face, à nommer les morts, les villages brûlés, les familles dispersées.

Et dans cette nuit, il affirme : « Dieu ne nous a jamais abandonnés ».  Une parole qui n’est pas consolation mais résistance.

2.      Bamenda renversée : la ville sur la montagne

Le Pape retourne la prophétie d’Isaïe.   Il ne se contente pas d’être celui « qui annonce la paix » : il renvoie la bénédiction au peuple.   « Combien vos pieds sont beaux eux aussi, couverts de la poussière de cette terre ensanglantée ».

Ce renversement est un acte politique.  Il retire au pouvoir central le monopole du discours sur la paix.   Il reconnaît aux populations locales une autorité morale supérieure.   Il légitime les initiatives interreligieuses de médiation nées dans la douleur, loin des salons climatisés de Yaoundé.

3.      Une charge directe contre l’économie de guerre

Le passage le plus explosif est sans ambiguïté :   « Il faut des milliards de dollars pour tuer et dévaster, mais on ne trouve pas les ressources nécessaires pour soigner, éduquer et relever ».   C’est une dénonciation frontale :

– des profiteurs de guerre,

– des circuits financiers opaques,

– de la prédation économique qui alimente le chaos.  Le Pape nomme ce système :  « une perversion de la création de Dieu ».

Dans la tradition jésuite, c’est un discernement moral : identifier les structures de péché qui se cachent derrière les discours officiels.

4.      La fraternité comme alternative politique

« La paix n’est pas à inventer : elle est à accueillir ».  Cette phrase, en apparence spirituelle, est un programme politique.  Le Pape oppose deux mondes :

– celui des « dominateurs »,

– celui de la « myriade de frères et sœurs solidaires ».

Il vise implicitement :

– les élites qui entretiennent le conflit,

– les acteurs économiques qui profitent de la déstabilisation,

– les puissances étrangères qui arment les factions.  La fraternité devient ici une stratégie de résistance.

5.      Les femmes, colonne vertébrale de la survie

Le Pape insiste sur « un travail immense, invisible, quotidien… exposé au danger ».   Il parle des femmes.   Dans un conflit où les armes parlent plus fort que les institutions, ce sont elles qui tiennent debout les familles, les écoles improvisées, les dispensaires de fortune.  Le Pape leur rend justice.   Il dit implicitement : la paix ne viendra pas des conférences internationales, mais de celles qui recousent les vies.

  1. Un avertissement contre la manipulation religieuse

« Ceux qui détournent les religions… à leurs propres fins militaires, économiques et politiques ».  Le message est clair :

– aux groupes armés qui instrumentalisent Dieu,

– aux politiciens qui manipulent les identités religieuses,

– aux entrepreneurs de haine qui attisent les divisions.

Le Pape félicite au contraire l’unité des leaders chrétiens et musulmans.  C’est un signal fort : la paix ne sera possible que si les religions refusent d’être les otages du pouvoir.

7.      La mission comme engagement civique

En citant Evangelii Gaudium — « Je suis une mission sur cette terre » — le Pape transforme la mission en responsabilité civique.  Être chrétien, c’est :

– guérir,

– relever,

– libérer,

– vivifier.

C’est une définition politique de la vocation :  le chrétien n’est pas un spectateur, mais un acteur social.

8.      Une feuille de route nationale : marcher ensemble

« Ensemble, toujours ensemble ».  Le Pape refuse les replis identitaires, les logiques de vengeance, les discours de division.

 

Il propose une vision :

– une paix construite par les communautés,

– une fraternité interreligieuse,

– une solidarité active,

– une résistance morale face aux profiteurs de guerre.   C’est une feuille de route politique, enracinée dans l’Évangile. En conclusion, le Pape a livré une homélie de combat

Ce n’est pas un discours de circonstance.  C’est un texte puissant dans la tradition augustinienne : lucide, incarné, frontal.   Un texte politique : il dénonce les logiques de mort.

Un texte social : il valorise les artisans de paix.   Un texte spirituel : il appelle à la conversion des cœurs et des structures.

Il dit à bamenda

Vous êtes la lumière du monde parce que vous avez souffert.  Il dit au Cameroun : La paix ne viendra pas des puissants, mais des blessés.   Il dit à l’Église : Marchez avec votre peuple, non au-dessus de lui. Une parole qui ne console pas seulement :  elle mobilise, elle responsabilise, elle réveille.

 

 

 

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