LGBT : L’espoir d’Ulrich Djomo en fumée !

Le Président de la République Paul Biya a soumis un projet de loi au Congrès du parlement pour modifier la loi fondamentale du Cameroun. Pour une certaine catégorie de la population, ceci pouvait être l’occasion de véritablement reconnaître à tous les citoyens l’égalité des droits et devoirs. Mais tout porte à croire que pour la grande majorité des Camerounais, ce n’est pas pour demain la depénalisation de l’homosexualité.

Le Congrès du parlement Camerounais s’est réuni du 2 au 4 avril 2026, avec pour objectif de modifier la constitution pour permettre à l’exécutif de disposer d’un poste de vice-président. Pour beaucoup d’observateurs, ceci aurait pu être l’occasion d’introduire dans la loi fondamentale des dispositions pour bannir toute forme de discrimination, ceci pour protéger tous les camerounais, y compris ceux ayant une orientation sexuelle que le Code pénal condamne.

Pour les populations LGBT, ceci devait donc être une aubaine à saisir pour faire avancer leur cause. Car si jusqu’ici la loi fondamentale proclame dans son préambule l’égalité de tous les Camerounais en droit et en devoir, ces populations sont victimes de discriminations diverses. Le Code pénal punit clairement les rapports sexuels entre les personnes de même sexe. Elles sont notamment interdites d’afficher leurs préférences sexuelles naturelles. Les observateurs bien introduits dans les cercles du pouvoir pensent que rien ne va changer de ce côté là. Ce qui va obliger les homosexuels et lesbiennes à continuer à vivre au Cameroun dans la clandestinité, ou alors à s’exiler pour vivre pleinement leur vie. C’est le cas d‘Ulrich Noël Djomo, aujourd’hui en exil forcé au Canada.

Ulrich Noël Djomo…

Son histoire ressemble à celle de nombreux autres LGBT qui sont aujourd’hui forcés de vivre cachés parfois dans leur propre pays. Ce garçon de 36 ans a commencé à être victime de discrimination lorsque, au début de l’année 2000, contrairement à ses camarades de classe du Collège André Malraux de Douala, il préférait la compagnie des garçons à celle des femmes. Une tendance qui s’est accentuée plus tard au lycée de Ngousso Ngoulemekong de Yaoundé et au lycée bilingue de Dschang où il obtient son Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC) en 2008.

Ses camarades avaient remarqué ses tendances féminines qui se cachaient derrière ses airs de garçon calme et réservé. C’est ici que les premières dénonciations à l’administration du lycée ont été enregistrées. Ulrich Noël Djomo commençait à comprendre qu’il était peut-être «  différent  »  de ses autres camarades.

Lorsqu’il revient à Yaoundé où il voit le jour le 24 novembre 1990, Ulrich Noël Djomo est déjà conscient du «  danger  » auquel il s’expose s’il affiche ses préférences sexuelles. C’est pourquoi il est plus que réservé lorsqu’il continue et termine son cursus secondaire au Collège Fapo de Yaoundé où il obtient son Baccalauréat en 2013.

L’entrée à l’Université !

À son arrivée à l’Université de Yaoundé Soa où il fait le droit, sa situation est moins tragique, puisqu’il va y retrouver dans le hasard de ses rencontres, des étudiants vivant le même calvaire. Très rapidement, ils vont créer leur petit cercle où il vont partager leurs frustrations. Malheureusement, ses camarades jouant le rôle d’espions de l’Université, réussiront à dévoiler ce cercle très fermé. Traqué, tous les membres du groupe seront obligés de quitter l’université. Ulrich Noël Djomo ira s’inscrire à l’institut universitaire Siantou de Yaoundé ou il a fait une année en maintenance des Systèmes Informatiques « MSI ».

Les week-ends il voyait ses voisins du quartier Ngousso jouer au football au petit stade du coin. Malgré son envie d’aller se mêler aux autres, il restait cloîtré à la maison du fait qu’il était pour la plus part du temps indexé. Pour se distraire, il lui arrivait souvent de sortir seul s’amuser et de faire de nouvelles rencontres, comme au snack bar Le Kirikou au lieu-dit Total Ngousso.

Il pouvait y rencontrer de jeunes-hommes avec qui il sympathisait. Pour fuir les regards interrogateurs, il vendait de l’eau glacée en sachet au marché d’Etoudi, surtout pendant les grandes vacances. Il a aussi fait de la pâtisserie au supermarché DOVV de Mobile Essos en tant qu’aide pâtissier. Toutes ces activités ont lieu la nuit, une manière pour lui de se soustraite de l’œil inquisiteur de ceux qui traquent les populations LGBT.

Fatigué de se cacher ou suicidaire ? 

Pendant l’Élections Présidentielle de 2018, il avait espoir que les candidats pouvaient se pencher sur la cause LGBT. Malheureusement les postulants parlaient de tout sauf de ce sujet. Fatigué de se cacher, Ulrich Noël Djomo décide en février 2021 de partir. Destination, le Sénégal, avec pour espoir d’obtenir le visa de l‘Ukraine qui lui ouvrirait les portes de l’Europe qui protège la personne LGBT. Mais le séjour au Sénégal tourne court. Là-bas également, les homosexuels, lesbiennes et autres ne sont pas les bienvenus.

En octobre 2021, Ulrich Noël Djomo est obligé de retourner au Cameroun. Et il reprend sa vie cachée en se rapprochant des quelques rares personnes de sa communauté sexuelle. En 2022, il entend parler de l’arrivée au Cameroun de l’ambassadeur français (aux droits LGBT) Jean Marc Berthon. Le diplomate avait été mis en mission pour venir prendre part à une conférence sur le genre et la sexualité. Ulrich Noël Djomo, comme Maître Alice Nkom, aquis à la cause homosexuelle et grande batailleuse pour les droits des LGBT et d’autres membres de cette communauté, prendra des dispositions pour assister à cette rencontre et en profiter pour échanger avec l’envoyé de la France. Malheureusement, le gouvernement Camerounais va interdire cette conférence et Jean Marc Berthon n’arrivera plus au Cameroun dans la grande satisfaction générale.

L’exil pour le Canada, terre promise des gays !

Dans le silence et la discrétion Ulrich Noël Djomo  va alors préparer son voyage pour le Canada, pays qu’il va rejoindre le 29 juillet 2023. Un véritable ouf de soulagement pouvait alors se lire sur son visage et dans sa voix. Sauvé de l’intolérance de son pays d’origine qui ne voulait pas en entendre parler.

Aujourd’hui, le jeune homme est de plus en plus pessimiste et déboussolé pour l’avenir des LGBT au Cameroun surtout après la retraite annoncée de Me Alice Nkom qui allait officiellement déposer sa toge d’avocat.

Pourquoi malgré le fait que la révision constitutionnelle soit au centre des débats actuellement au Cameroun, certains observateurs pensent qu’il sera difficile d’ouvrir et ce pour longtemps encore aux LGBT ce que l’article 347-1 du Code pénal punit à savoir les rapports sexuels entre personnes du même sexe. Y’aura-t-il des avancées un jour ou alors cet espoir vient une fois de plus, de partir en fumée ?

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