Crise NOSO : « Au Cameroun, les appels à la paix se succèdent, tandis que la guerre demeure »

Dans cette sortie du journaliste Charles Chacot Chime qui surfe sur la visite du souverain pontife concernant la situation dans le Noso, il estime que tant qu’il existera une économie de guerre dans cette zone, les appels à la paix resteront factices et sans réel impact sur la paix voulue.

« Crise anglophone : quand la guerre devient une zone de confort

À chaque appel à la paix sur la crise anglophone, les Camerounais veulent espérer.

Quand une autorité morale aussi forte que le Pape Leon XIV élève la voix pour appeler au dialogue, à la justice et à la réconciliation, le message résonne avec puissance. Car au-delà du symbole religieux, ces paroles rappellent une évidence : aucune nation ne peut durablement avancer en laissant une partie de son peuple s’enfoncer dans la violence.

Mais au Cameroun, les appels à la paix se succèdent, tandis que la guerre demeure.

Les discours sont prononcés, les déclarations sont faites, les intentions sont affichées, mais sur le terrain, les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continuent de vivre l’insécurité, la peur, les déplacements forcés, la fermeture des écoles et la mort.

Cette permanence du drame oblige à regarder plus loin que les discours. Car si la paix tarde autant, ce n’est pas seulement parce que le conflit est complexe. C’est aussi parce qu’autour de cette guerre se sont installés des intérêts, des habitudes et des positions qui rendent la paix moins avantageuse pour certains.

Sur le plan politique, la crise est devenue un instrument. Pour le pouvoir, elle permet de justifier la fermeté, de consolider le discours sur l’unité nationale et de maintenir un état d’exception permanent. Pour l’opposition, elle sert souvent de preuve vivante des échecs du régime.

Dans les deux cas, la souffrance des populations devient un argument politique.

Sur le plan administratif, la gestion de la crise a créé des circuits particuliers : budgets exceptionnels, missions spéciales, dispositifs renforcés, concentration des décisions. Dans cet environnement, certains responsables peuvent trouver dans la crise un espace d’influence et de maintien de privilèges.

Sur le plan sécuritaire, la guerre impose des moyens supplémentaires, des dispositifs prolongés et des ressources accrues. La persistance de la menace justifie le maintien d’un appareil renforcé dont la fin du conflit viendrait forcément rebattre les cartes.

Ainsi, sans que personne n’ose le dire ouvertement, la guerre devient pour certains une zone de confort.

Et c’est là toute la contradiction : pendant que les autorités morales appellent à la paix, des mécanismes silencieux rendent cette paix difficile.
Les paroles du pape sont donc importantes, mais elles ne suffisent pas. Parce que la paix ne dépend pas uniquement des appels à la conscience. Elle dépend de la volonté des acteurs à renoncer à ce que la guerre leur apporte, directement ou indirectement.

Tant que la guerre représentera pour certains un avantage politique, administratif ou stratégique, les appels à la paix risquent de rester des paroles suspendues.

Les populations, elles, n’ont rien à gagner dans cette prolongation. Elles paient le prix pendant que d’autres s’adaptent au conflit.

Voilà pourquoi la visite du pape, aussi forte soit-elle symboliquement, pose une question dérangeante : ceux qui disent vouloir la paix sont-ils réellement prêts à perdre ce que la guerre leur permet de conserver ?

Car la paix ne sera possible que lorsque les intérêts de la guerre cesseront d’être plus solides que les discours sur la paix.

Par Charles Chacot CHIME »

 

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