Six mois après son décès, Anicet Ekane, figure historique du MANIDEM, a été inhumé ce samedi 9 mai 2026 à Bomono. Entre recueillement familial et tensions politiques persistantes, les obsèques de l’opposant nationaliste ont révélé les fractures profondes d’une classe politique camerounaise encore marquée par la dernière présidentielle. Un dernier adieu sobre pour un homme dont la disparition reste au cœur des polémiques.
Une terre natale pour ultime refuge
La terre de Bomono a finalement refermé son étreinte sur l’un de ses fils les plus illustres. Ce samedi matin, après une levée de corps empreinte de gravité, le cortège funèbre a pris la direction du village natal d’Anicet Ekane. L’ancien président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM) y a été conduit à sa dernière demeure dans une stricte intimité familiale.
Pourtant, sous le calme apparent des rites ancestraux, l’émotion était teintée d’une amertume manifeste. Décédé le 1er décembre 2025, le militant nationaliste aura attendu six longs mois avant de trouver le repos, la faute à des querelles de succession et des divergences de vues qui ont profondément divisé sa famille biologique et sa formation politique.
Un parterre de personnalités et un grand absent
Malgré le caractère privé de la cérémonie, la scène politique camerounaise s’est invitée à Bomono. On a noté la présence de figures marquantes de l’opposition comme Joshua Osih, président du SDF, et Célestin Djamen, leader de l’APAR. Le monde de la société civile et du droit était également représenté par Me Alice Nkom et l’entrepreneure Rebecca Enonchong.
Cependant, un vide a particulièrement attiré l’attention des observateurs : l’absence de Maurice Kamto. Le boycott du président du MRC suscite une vive controverse au sein de l’opinion. Pour beaucoup, ce silence passe mal, rappelant que Kamto était le candidat investi par le MANIDEM lors de la présidentielle d’octobre 2025. Un rendez-vous manqué qui illustre la complexité des alliances et des rancœurs nées des derniers scrutins.
L’ombre d’un contentieux post-électoral
Au-delà de l’hommage, les circonstances de la disparition d’Anicet Ekane continuent d’alimenter la méfiance. Si le gouvernement a officiellement conclu à une mort naturelle, la famille du défunt maintient son rejet de cette thèse. Les proches de l’opposant pointent une responsabilité étatique, liant son décès aux revendications post-électorales de l’époque, où Ekane soutenait la victoire d’Issa Tchiroma Bakary à la présidentielle d’avril 2025.
Anicet Ekane s’en va, laissant derrière lui un héritage de lutte et un parti à la croisée des chemins. Avec cette inhumation, une page se tourne pour le nationalisme camerounais, mais les questions soulevées par sa mort, elles, restent plus que jamais d’actualité. La politique, même devant la tombe, n’a pas tout à fait dit son dernier mot.





