Shanda Tonme rend hommage à Saidou Maidadi

Dans cette sortie sous la forme d’un oraison funèbre, l’homme politique et intellectuel rend un dernier hommage à l’homme politique disparu.

ORAISON FUNEBRE

Il existe des personnes qui ne se prennent pas tant au sérieux,

mais que vous devez absolument prendre très au sérieux.

Il s’appelait MAIDADI YAYA SAIDOU

J’ai perdu un ami, un ami cher, mais le Cameroun a perdu un vrai patriote

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La tentation du désespoir et de désolation totale peut sembler s’installer dans les rapports sociaux de toute nature, au regard du tumulte qui assombri les horizons immédiats chez nous, au point de faire plonger nombre d’ambitions dans l’abîme, de générer des divorces en cascades et de susciter des exils par milliers. Cependant les sensations positives dégagées par quelques relations avec certaines personnes, constituent des facteurs d’assurance et de réveil qui font vivre et convaincre de ce que, la plus forte et la meilleure des richesses, n’est jamais ailleurs ni trop loin, il est à côté, tout près de nous, sur place, au pays, ici, juste dans la chaleur commune, le sourire partagé et captivant d’un ami, d’une relation.

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Captivant, alerte, éveillé, souriant, intelligent, chaleureux et ouvert, comme s’il n’avait jamais rien eu à cacher à qui que ce soit, à plaindre, à reprocher ou à envier à qui que ce soit. Tel était l’homme, l’ami, le frère, celui que la presse a très mal présenté ou n’a peut-être pas bien compris, en voyant seulement l’homme politique, celui que j’ai connu et que je connaissais plus profondément.

Le Maidadi qui s’en est allé en cette première semaine du mois de mai 2026, était de ces personnes qui vous font comprendre que tout est possible à tout moment, que rien n’est jamais perdu, que tout peut disparaître et que tout peut renaître à chaque instant de la vie. Changer à tout moment si le sens de l’histoire et des choses l’impose et l’indique, et se ranger utilement avec promptitude et diligence dans le sens de la correction utile. Cà c’était lui. Rangé à tort au départ dans le cercle d’un certain radicalisme politique. Son parcours décliné en une multiplication des entrées et des sorties, témoins des aptitudes de négociations pour réconcilier, allait rapidement faire démentir cet avatar et restituer sa personnalité dans la tradition des faiseurs de paix disposés aux consensus y compris les plus amers.

Jamais il n’a été un homme enfermé dans les cancans haineux et vexatoires d’un appareil, et jamais il ne s’est voulu instrument de constructions rigides sans possibilité de flexibilité. Le fait qu’il ait pu survivre toujours au plus haut niveau des appareils, montre bien qu’il véhiculait des propositions qui n’importe où, se situaient dans le champ des réflexions stratégiques et tactiques appropriées. Voilà quelle était la profondeur de l’homme si le souci c’est de le situer politiquement. S’il était indéniablement un politique, il l’était différemment.

Mais alors, pourquoi et comment réussissait-il à stabiliser cette personnalité ? Il y avait son honnêteté, sa simplicité, son absence d’attachement à l’argent, son adresse verbale cousue dans plus de populisme et moins d’intellectualisme, ce qui dans les considérations abjectes de notre contexte, pouvait le servir et le desservir à la fois. On a bien vu que c’est ce qui lui est arrivé, et c’est exactement ce que vivent ou ont vécu la plupart des vrais patriotes. Il était un vrai patriote, un citoyen au nationalisme trempé sans que cela soit par ailleurs une source de répulsion ou de rejet des autres. Pour tout dire, la facilité avec laquelle il sortait des débats même les plus houleux, toujours avec le sourire et sans construire des ennemis visiblement, était un don que peu de bavards de notre scène politique et intellectuelle sont capables de détenir. Ne cherchez pas le costume de marque ni la chaussure croco, sa tête et son image étaient loin de ces agapes.

Rien de lui, en lui, avec lui ou pour lui, n’incitait à la fanfaronnade ni à l’ostentation. Il ne voulait pas se mettre en avant, ni impressionner, il n’était pas fait pour cela, pour se montrer sérieux. Pourtant, cet homme, cette personne, cet ami et ce frère appartenait à ceux qu’il faut prendre très au sérieux. Il était ainsi, symbole en amont autant qu’en aval, d’une famille elle-même discrète et secrète, bien que sérieuse, large et influente. Il était le garçon Maidadi, le père par dévotion, vocation et génétique, avec de la réserve, de la manière et de la hauteur.

Honnête et chaleureux, symbole d’amitié sincère et désintéressée, chaque retrouvaille signifiait davantage de complicité, et de conviction de ce que la vie n’est pas un tintamarre au quotidien, mais une possession et une réalisation intimes à maîtriser intérieurement dans le cœur, dans l’esprit et dans la foi individuelle. Après de longs mois, on se retrouvait, et c’était comme si nous avions passé toutes les nuits précédentes sur le même lit, et comme si nous avions partagé tous nos repas des jours précédents. Un ami pour moi, mais un vrai patriote pour le Cameroun. Son départ définitif, crée une tristesse et une douleur, qui sera durement et lourdement ressentie au-delà de sa famille.

Repose en paix cher ami, avec toutes les bénédictions de nos ancêtres./.

Yaoundé, le 10 mai 2026                                                              

 

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